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hi ! guys and girls...

Dimanche 12 juin 2005 7 12 /06 /Juin /2005 00:00

Jules Aimé


  Sentiments sur l'Ukraine

         Comme tous les nouveaux pays émergeant, il n'y a pas ou peu de classe moyenne, on passe des milliardaires et des mafieux aux travailleurs précaires, on peut ainsi croiser une Mercedes énorme comme un cul-de-jatte faisant la manche en l'espace d'une seconde. Malgré cela c'est un peuple fier, de quelque côté que se soit (Est-ouest) de ses racines et de sa culture. Il ne renie pas forcément le passé soviétique, mais l'attache à une part douloureuse de son histoire. L'architecture reflète de nombreuses influences, occidentale, byzantine, russe, orthodoxe (église très vieux bâtiments), soviétique (cités ouvrières, bâtiments publics, monuments à la gloire du parti...).

        Le pays est noir, même le soleil et les couleurs vives des églises ne parviennent pas à éclairer les rues. La neige, pourtant vecteur de lumière se révèle inutile dans son rôle d'agrément positif au paysage, elle ne fait qu'emprisonner les émanations des Lada Volga.
        À propos de transport, privilégiez une Lada (sport national) ou l'énorme berline allemande. On a l'impression que les bus fonctionnent au charbon, tellement leurs pots d'échappement crachent une épaisse fumée noire, leurs chauffeurs coupent le contact dans les descentes et aux feux rouges, pour redémarrer dans un nuage étouffant de pollution.
        Les camions sont les restes ambulants d'une armée rouge oubliée, le peu de motos présentes sont de vieux side-car soviétiques de même que les tramways rouges et jaunes. Le métro, 50 kopecks le billet, nous procure une vision dantesque de descente aux enfers. On y accède par un escalator d'une centaine de mètres de long avec un dénivelé de 50%, cinq minutes de descente, un véritable voyage.
        Les avions sont d'anciens appareils de compagnies brésiliennes ou portugaises (les consignes de sécurité sont en portugais) mais lorsque l'on jette un œil sur le tarmac, on se dit que l'on aurait pu tomber pire...

        La police et l'armée : Omniprésents mais pas provocant pour autant. Les uniformes de l'armée n'ont aucune coupe, aucun style, les rangers des appelés ont dû faire la guerre au sens littéral du terme tellement elles sont usées. On ne voit pas d'armes hormis les pistolets des flics et des vigiles des magasins (à notre arrivée à Roissy cinq militaires avec des FAMAS chargés se tenaient devant nous). La défense nationale roule en Lada, effet assuré. Les appelés qui votaient dans le bureau que l'on observait avaient tous l'air perdu, leurs yeux bleus ne reflètent plus rien, comme s'ils n'avaient aucun avenir, aucun rêve.

        Les mendiants, essentiellement des vieux et des handicapés, physiques ou mentaux (un trisomique à la sortie du métro), beaucoup des femmes âgées, des unijambistes avec leurs décorations militaires... Bref, tous les parias et les assistés du pays.
        Les enfants ne sont pas en reste, un enfant de dix ans maximum faisait la manche avec son bébé chien toute la journée devant la mairie, plus tard il fera sans doute parti de ces groupes d'une dizaine de skinheads qui squattent les couloirs du métro, qui se partage leur butin sous forme de Vodka.
        Cependant je ne me suis jamais senti en insécurité dans les rues de Kiev, de nombreux couples se promènent d'ailleurs tard la nuit sans aucun souci.

        L'envers du décor. En se promenant dans le « vieux » Kiev, seuls, au hasard des rues, nous sommes passé derrière les façades colorées pour découvrir de vrais bidonvilles, des maisons de bric et de broc, des chiens et des chats se partageant les restes des rats et les poubelles. Je reprendrai une expression de Nico ou qu'il a emprunté : « on se promène entre l'Assommoir et les Misérables ».
        J'ai aussi eu la « chance » de voir la chose la plus immonde qu'il ne m'est jamais été donnée : des toilettes. Celles du gymnase de Vasil'kov (notre lieu d?observation à 40 km de Kiev), lequel gymnase servait de bureau de vote. Seul Zola pourrait décrire mon impression. C'étaient des toilettes turques, normalement elles sont blanches, crades j'en conviens mais blanches ; là elles étaient recouvertes d'au moins un centimètre de crasse noirâtre, l'odeur, indescriptible, mais imaginez des toilettes qui n'ont pas été nettoyées depuis plusieurs années et cela suffira?
       Quentin et moi avons suivi l'urne mobile, ce procédé a au moins le mérite de faire voter des gens qui ne peuvent plus bouger du fait de leur âge ou de leurs maladies. Notre rôle d'observateur nous aura donc permis d'entrer librement chez des gens, de côtoyer leur quotidien et ainsi de toucher à la misère, chose dont les guides touristiques se refusent d'utiliser (mais pour combien de temps encore...).
       Les habitants étaient d'anciens cadres de l'armée rouge, habitants de Sébastopol ayant immigré pour des raisons de travail, ils survivaient sans doute grâce à une petite pension de l'armée, ne parlaient que le russe et n'avaient pas les moyens de retourner dans leur pays natal, la Crimée. La décoration : un calendrier des PTT n'ayant plus cours, de pathétiques photos jaunies, de la céramique sans aucune valeur (même les sentiments semblent avoir disparu ici). Des objets qui feraient le bonheur de tout bon antiquaire et de n'importe quel nostalgique de l'URSS. Cependant une chose n'a pas disparu : les livres, de la vraie littérature, Russe, Ukrainienne et même Française (Balzac en l'occurrence). Comme quoi et je paraphrase Orwell seul « la culture permet de surmonter la misère ». Par ailleurs, lorsque que nous nous sommes présentés avec le délégué du parti de Iouchtchenko, un jeune avocat, nous lui avons dit que nous habitions Poitiers, il nous a dit « Poitiers ? Poiters's battle in 732 ! », j'étais sidéré.
       Chose indescriptible, l'odeur des cages d'escaliers, un mélange de fioul et d'urines animales et humaines. Les murs des appartements étaient des superpositions de papiers peints, l'humidité les rendait souples, au point que les murs avaient la texture et la souplesse de tatamis. Les meubles, un lit, une chaise, une armoire, un frigo des années 60, de vieux canapés et une télé, seule présence de la technologie malgré ses 25 ans facile.
       Lors de la visite d'une vieille femme à la sortie de la cité, cette dernière nous a présenté un portrait d?elle, jeune, il trônait au milieu du couloir sur une étagère vide. C'était là sa seule richesse, pour l?anecdote, elle a voté Iouchtchenko en traitant Ianoukovitch de tricheur...

        Nous avons aussi beaucoup dialogué avec un partisan de Ianoukovitch, il nous a parlé du « Tour de France », de littérature (Hugo, Zola et Balzac), de cinéma (Louis de Funès, Bourvil et Depardieu) de Paris. Nous lui avons situé Poitiers sur une carte de France, il nous a parlé de l?équipe de foot de Lyon et surtout de sa ville, Sébastopol et de son histoire, de la guerre de Crimée. C'était un ingénieur en construction navale au bord de la mer Noire, il avait beaucoup voyagé sur des navires car il était marin pendant son service militaire. Il est à l'image des Ukrainiens, désireux de partager et de découvrir, son cœur balançait du côté du candidat prorusse plus par peur du changement que d?intérêt personnel, comme la plupart des habitants de l'Est je pense.  
        Le fait d'être Français nous a permis de dialoguer facilement avec les gens, plus facilement que si nous étions Américains par exemple. À propos nous en avons croisé beaucoup, Bushistes en puissance, venu avec le même esprit qui les a conduit en Irak, ce sentiment de libérer des peuples, cet esprit qui les aveugles sur la situation des pays qu'ils visitent. Avant bien évidemment de leur imposer leur culture et surtout leurs capitaux. Leur arrogance et leur prétention sont sans limites certains se sentant de mission quasi divine l'ont d'ailleurs payé de quelques coups  de poings et de barres de fer à l'est, à Donets.
       À l'inverse, de nombreuses personnes nous ont témoigné de la sympathie, nous ont serré la main, nous ont remercié de notre présence. Croyez-moi ça fait bizarre et on ne sait pas vraiment quoi répondre, on met notre prétention de côté pour leur lâcher un sourire sincère mais gêné ainsi que le seul mot que l'on connaisse en Ukrainien : merci (Diakuyu).


       La nourriture. Privilégiez les pommes de terre et le porc. Même à quatre heures du matin, le saucisson est de la partie, il vous suffit d'avoir un grand nescafé à vos côtés pour le faire passer sans trop de difficultés. L'eau... Inconnue au bataillon, vodka, café et Borch tels sont les boissons d'un bon repas Ukrainien et je ne pense pas trop exagérer.
       Le Borch, parlons en, c'est une soupe de betteraves rouges accompagnées de quelques légumes, des patates (surtout) et des résidus de lard, quoique que l'on en dise c'est excellent et plutôt consistant. Je vous conseille le tartare Ukrainien, les keftas avec des œufs, les salades de sarrasin et les pâtisseries.
       Le repas complet coûte environ 25 hryvnas soit 4 euros environs autant vous dire que l'on en a pour son argent. Pour les alcools ; les bières sont excellentes, la vodka, sublime, mais attention, on se prend vite au jeu. La spécialité locale est une Vodka aromatisée au piment rouge de Crimée (cardiaques s'abstenir) ; même si le goût de l'alcool passe rapidement, le piment lui résiste pendant de longues minutes... 
       Il faut noter la présence (régulière) d'étranges restaurants, utilisant une architecture de plain-pied, glorifiant un clown jaune et arborant des armoiries post-soviétiques en forme de « M ». La nourriture de base se compose de petits bâtonnets jaunes et de petits pains de forme arrondie garnis d'une viande indescriptible...
Les fruits sont néanmoins présents, dans toutes les rues, de vieilles femmes vendent leurs produits ; des pommes (leur taille est impressionnante), des mandarines, des noix... On ne peut pas douter des origines « bio » de ces productions, cependant elles ne correspondent pas aux standards de notre bonne vieille France, les fruits sont déjà plus que mûrs lorsqu'ils sont sur les étales sauvages, leurs couleurs sont quelques peu différentes, seul le froid permet d'éviter l'intrusion de corps étrangers.

       La musique. Nous sommes tombé en pleine campagne politique, le CD à la mode : « TAK » (« oui » en Ukrainien), oui à Iouchtchenko, oui à la démocratie, oui à l'émancipation culturelle... Il faut noter que c'est la première révolution dont le message n'est pas un « non » (ex : non à de Gaulle, non à la république de Versaille...) mais un « oui », un « oui » au changement plus qu'un « oui » d'approbation d'un candidat. Bref, ce disque est une compile de chants contestataires reprenant les slogans des manifestations, on trouve ainsi du rap, du ska-punk, de la variété, du rock... Il y en a pour tous les goûts.
       Le répertoire des chansons Ukrainiennes en impressionnant, en France la chanson connue la plus ancienne est « Frère Jacques » sa création est évaluée au XIII ème siècle. Ainsi notre peuple ne peut chanter que quelques comptines, des chansons de la seconde moitié du XX ème siècle... Les Ukrainiens peuvent passer des soirées entières à chanter sans interruption, des chansons Cosaques, des chants de noël, religieux et... Anarchistes. En effet, le chant a permis de transmettre la langue Ukrainienne pendant les périodes d?occupations successives, Ottomanes, Polonaises et Soviétiques durant lesquelles sa pratique était réprimée.
       Mais bon rassurez vous, ils ne sont pas dispensés de toute la soupe internationale, je ne pourrai citer les noms de ces artistes car je ne les connais pas, mais certaines radios libres françaises les diffusent  continuellement. Sans oublier les exceptions culturelles françaises dont on se passerait sans peines à savoir Mylène Farmer et sa dauphine j?ai nommé...Alizée ! Résultat le peu de mots français que les  Ukrainiens connaissent sont : « C'est pas ma faute à moi » et « Voulez vous couchez avec moi se soir », cela a au moins le mérite de fraterniser facilement et d'être plutôt explicite pour ne pas dormir à la rue le soir.

       Ma transition est toute trouvée pour vous parler des ukrainiennes et des mâles qui les entourent. Soit nous faisons plus attention aux filles lorsque nous sommes à l'étranger, soit les Ukrainiennes sont réellement charmantes. Cependant elles sont bien gardées...
       Les hommes ne correspondent pas aux canons de la beauté occidentale. Leurs différences physiques avec les occidentaux ne les ont pas aidés pendant le nazisme, les nazis basant leur pseudo théorie uniquement sur le faciès. Si les latins étaient considérés comme inférieur aux aryens, les slaves n'étaient même pas considérés comme des hommes mais plutôt comme des êtres tout au plus utiles dans les champs...   

      Parlons maintenant un peu des choses qui fâchent...LA POLITIQUE avec un grand « K » (référence au Loft 2). Le système de vote est complètement différent du nôtre, en France (je le rappelle pour les abstentionnistes), nous disposons d'un bulletin par candidat, à placer dans une enveloppe que nous disposons elle-même dans une urne.
       En Ukraine (comme en Russie), les électeurs disposent d'un bulletin unique avec trois cases à cocher. Une pour Iouchtchenko, une pour Ianoukovitch et la dernière portant la mention « ni pour l'un, ni pour l'autre ». Les bulletins sont à placer pliés (mais ce n'est pas forcément respecté), dans une urne transparente, tout le monde peut donc savoir ce que la personne vient de voter. Lorsque les bureaux sont tenus par des proches, des personnes influentes il est très délicat d?échapper aux regards de l'assistance, la démocratie n'est donc plus qu'un synonyme de plébiscite. 
       La démocratie est cependant bien réelle dans le déroulement du vote. Le principe de l'urne mobile permet de faire voter les personnes qui ne peuvent se déplacer. Le vote par procuration n'existe pas, de toute façon malgré toute la confiance que l'on place dans son tiers, c'est toujours lui qui place la liste dans l'enveloppe... Je me rappelle ainsi une anecdote qui a eu lieu lors des élections régionales de mars 2004, l'Association des Paralysés de France avait organisé des déplacements d'handicapés moteurs souhaitant exercer leur pouvoir de citoyen. Dans bien des cas l'urne ainsi que les membres du bureau ont dû se déplacer dans la rue pour faire voter ces personnes dont le fauteuil fermait les portes de la démocratie.
       Du point de vue purement idéologique, il serait difficile de classer le candidat Iouchtchenko sur notre hémicycle. Il est de centre droit, ce serait plutôt un Chiraquien. Mais pour être assuré de sa victoire, il a passé de nombreux accords avec ses anciens rivaux. Au premier tour 24 candidats briguaient la présidence, les cinq premiers furent dans l'ordre : Iouchtchenko, Ianoukovitch (prorusse), le candidat socialiste (qui jouit d'une aura assez importante dans son pays), le candidat social-démocrate (très respecté) et le candidat communiste qui réalise des scores non négligeables.
       En 1934 après la montée des ligues fascistes la gauche française avait dû s'unir avec les radicaux et même les démocrates-chrétiens pour faire bloc. En 2004, 70 ans après, les partis d'obédience démocratique se sont unis pour refuser, plus qu'une politique, des hommes Koutchma et son poulain Ianoukovitch en l'occurrence. Ces derniers basaient leur politique sur une oligarchie mafieuse. Il s'agit donc là d'un véritable vote de sanction, d'un refus plus qu'un vote d'adhésion à un programme.
       Par ailleurs, la couleur « symbole » de ce combat pacifique pour la démocratie, le orange, symbolisait dans les coutumes paysannes le refus pour une femme de se marier avec un homme. Elle lui offrait alors un potiron ou s'habillait en orange pour lui signifier son choix.

       Les commerces. Comme j'ai pu le dire précédemment, tous les accès au métro sont assaillis par nombre de vendeurs ambulants, ont y trouve de tout ; des fleurs, des disques, des gadgets, des productions agricoles, des vêtements, des cireurs de chaussures... De plus ces mêmes souterrains accueillent de vrais centres commerciaux avec des restaurants des boutiques et des bars.
      Un immense centre commercial, sur le modèle occidental (Polygone à Montpellier, Cordelier à Poitiers, Forum à Nîmes...), est placé sous la place de l'indépendance, en plein cœur de Kiev. Il s?agit là d'un lieu où l'on flâne en bonne compagnie, les prix sont exorbitants pour les Ukrainiens moyens (le salaire moyen ne dépasse pas 220 euros). Il y a  là  des boutiques de luxe, des boutiques de sports, de jouets... Exactement comme dans les autres grandes villes européennes. Notez la présence du même restaurant « au clown jaune » aux deux extrémités de la galerie.
       Les supermarchés sont sur le modèle Parisien, on ne voit pas la devanture, une petite indication en cyrillique se terminant par « Market » sur la façade d'un vieil immeuble vous indique le chemin. Nous sommes tombé sur petite une merveille dans le vieux Kiev, un supermarché était installé dans une cour couverte d'une XIX ème à la manière d'un phalanstère ou des passages couverts parisiens, avec ses anciens lampadaires, ses fenêtres et ses briques. Une splendide verrière surplombait le tout donnant à l'espace une lumière naturelle contrastant avec les néons des parties récentes. À l'intérieur, les prix paraissent dérisoires pour un Français, cela révèle la faiblesse de leur économie car nous pouvons directement comparer avec nos produits de consommation courante. La Vodka est à 1,5 euros la bouteille par exemple.
       À Vasil'kov, un petit supermarché était au milieu de la cité soviétique, mais de petits marchands ambulants parcouraient les rues enneigées au volant de leurs fourgons qui furent sans doute blanc un jour.

      Un petit marché pour touristes se trouvait dans le secteur de l'église Saint-André, dans une rue qui descendait vers les vieux quartiers. Il était composé d?une cinquantaine de stands, tous plus identiques les uns que les autres. Après quelques tentatives de marchandages, je me suis rendu compte qu'il s'agissait d'une sorte de coopérative. Tous les marchants vendaient les mêmes produits, au même prix ; ce qui rend évidemment les négociations difficiles, on ne peut pas faire jouer la concurrence à la manière des souks arabes.
       Sur les étales, on trouve : tous les gadgets possibles et imaginables ; des poupées russes avec les présidents du monde entier (je m'en suis offert une avec tous les présidents de la cinquième), des t-shirts avec des feuilles d'herbe qui fait rigoler, des briquets pin-up...  Tout l'équipement du parfait soldat soviétique (de la tête au pied), des casquettes militaires aux rangers... Dans le même style, si vous êtes pris de relents « ostalgiques » vous y trouverez votre bonheur, bustes et statuettes de Lennin et Marx, badges, pin's, décorations, drapeaux et autres étendards militaires.
      Si votre côté « collectionneur d'art » réapparaît, vous craquerez peut-être pour des réelles icônes Orthodoxes, des tableaux réalistes socialistes mais de aussi de vraies créations de style pop art très colorées et plutôt réussies.   
Il n'a pas fallu longtemps aux boutiquiers pour comprendre que le « orange » était une couleur qui faisait vendre. Ainsi des céramiques, des gadgets, des œufs en bois, des tableaux, des ensembles de couvert reprenant la couleur et le slogan des affiches de campagnes de Iouchtchenko sont disposés sur les tréteaux.      
 Si par hasard, votre cœur balance du mauvais côté, si votre morbidité vous pousse à acheter des curiosités malsaines, vous ne serez pas en reste. En effet durant leur période d?occupation (1942-1943), les troupes nazies ont laissé des traces. Uniformes, insignes, brassards et drapeaux arborant la croix gammée prennent place au milieu des autres bibelots.
       La première fois, je vous le jure, ça glace le sang. Non seulement on trouve des objets ayant appartenus à de « simples » soldats allemands pas forcément méchants, mais aussi les casquettes, les bagues, les montres et les ceinturons des officiers S.S, leur symbole, la tête de mort vous absorbe et vous pétrifie, on repense ainsi à toutes les images de la guerre que l'on connaît. Il en est de même pour les deux éclairs argentés sur fond noir qui différenciait leurs divisions des autres compagnies de la Wehrmacht. À ce moment, on comprend la terreur que provoquaient leurs arrivées dans les villes ou les villages.
      Il faut savoir que leurs uniformes étaient étudiés pour provoquer la crainte, le bruit des bottes, la hauteur des talons, leur casquette, la couleur de leurs vestes, un noir, un noir de mort, un noir perçant, glaçant et tranchant avec le rouge, rouge sang de leur brassard, tout était fait pour effrayer, pour être craint et ainsi pour soumettre.
Je n'ose imaginer l'effet que produirait cette vision à un ancien déporté. 

      Le pays a su conserver de son héritage soviétique un grand réseau routier en très bon état. Contrairement aux Etats-Unis, à New York tout du moins, les routes sont en général très praticables, l'état providence a laissé des traces. Les trains sont impressionnants de pollution, ils fonctionnent tous au diesel, et leurs robes qui semblaient rouges nous renvoient aujourd'hui une impression de saleté tellement elles sont recouvertes de noir.

      Durant notre périple et notre mission d?observation, nous avons côtoyé de nombreuses personnes toutes aussi différentes les unes que les autres.
      Je garde un excellent souvenir de Pierre-Alexandre, président des jeunesses populaires, un gaulliste, un vrai, qui n'hésitait pas à insulter les Américains dont il avait une haine viscérale, le tout en Anglais, lors de notre embarquement à l'aéroport de Kiev.
        Les deux Français, Bogdan et Vladimir, qui séjournaient avec nous étaient, eux aussi, de curieux personnages : le lendemain des élections, Bogdan arborait une moustache jaune et Bleue du plus bel effet. Son cri de ralliement : « alors les blaireaux, comment ça  va ?» et moi de lui répondre avec Nico « tranquille mon gros Jacky »...
        Notre mandat nous à aussi permis de « travailler » aux côtés d'observateurs quasi-professionnels. A Vasil'kov, nous avons fait la rencontre de parlementaires européens, d'un parlementaire Bosniaque, des Estoniens, Lettons et deux Géorgiens... J'ai eu la chance de tomber sur mes premiers partisans de Bush, ceux-là même, qui feraient passer Madelin, Devedjian et Sarkozy pour des sociaux-démocrates... Dans le bus pour Montparnasse c'est une sorte de Barbouze plutôt sympa que nous avons rencontré, ancien fonctionnaire de l'ONU et du ministère des affaires étrangères, affecté à Bakou, Kaboul et Tbilissi pendant la période de transition post-communiste dommage que nous n'ayons pas eu le temps de parler avec lui plus longtemps.
       Pour les Ukrainiens, notre famille était tout à fait sympathique, pas dans l'excès. Mais c'est surtout avec les militants politiques que j'ai sympathisé. Surtout le militant pro Yanoukovitch de Sébastopol : Alexandre, nous avons beaucoup parlé en anglais comme je l'ai dit précédemment, je lui est d'ailleurs envoyé mes vœux accompagnés de photos de Poitiers. Fin Janvier j'ai reçu une réponse avec toute une description de sa ville et la Crimée, avec photos à l'appui, je crois que je vais continuer cette correspondance.
       Je crois que je viens de trouver un équivalent artistique et littéraire à l'image que nous renvoie cette atmosphère glauque et polluée. Cet équivalent ce sont les bandes dessinées d'Enki Bilal, cet artiste d'origine yougoslave. Il est né dans le Sarajevo de Tito et ses œuvres s'en ressentent. Ses dessins sont ainsi recouverts d'un film poussiéreux, un film noir et bleu essayant de transcrire le plus justement possible cet univers postsoviétique, cet univers sans avenir ou le temps semble s'être arrêté il y a une trentaine d'années.

Par Jules Aimé - Publié dans : Jules aime :
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