De la question du mai 68 à Poitiers…
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L’année universitaire reprenant, je me replonge progressivement sur mon sujet de mémoire, qui, je vous le rappelle à pour thème les manifestations étudiantes à Poitiers au cours de l’année scolaire 1970-71. C’est donc dans ce cadre que je me suis rendu ce matin à GERHICO, un des laboratoires de recherche de la faculté d’histoire pour emprunter un mémoire réalisé il a tout juste dix ans et ayant pour sujet Mai 68 à Poitiers (Auteur : Chloé Ranson). L’ayant plus que parcouru au cours de la matinée je suis en capacité de répondre à la question : que c’est-il passé à Poitiers en 1968 ?
Tout d’abord replaçons Poitiers dans son contexte d’alors, ville moyenne d’une région considérée comme la plus rurale de France elle ne jouit pas d’un dynamisme forcené. En 1968, Poitiers est ce que l’on pourrait appeler une ville de Droite, Vertadier, maire par défaut représente la petite bourgeoisie provinciale, réactionnaire et attaché au pouvoir du général. La ville ne dispose d’aucune population ouvrière, pas de grandes usines, beaucoup d’administrations locales… Elle bénéficie d’une ancestrale université joyaux quelques peu caché dans la cité médiévale qui compte alors 12000 étudiants. La ville suit son cours sans se brusquer, pas de grands projets, les facs sont encore toutes sur le centre ville, le campus est à peine en projet, la pénétrante n’existe pas, sans être morte, notre ville s’endors… Poitiers est calme, trop calme, aucune grande manifestation n’est venue troubler l’après-guerre, le régime n’a pas vraiment à s’inquiéter. Côté préfecture, le vent souffle dans le bon sens, mais un point positif pour la Vienne, le préfet est plus libéral que le maire, pour faire simple, il tolère les manifestations et comprend rapidement que l’envoie de troupes policières face aux étudiants ne servirait à rien d’autre qu’a attiser des braises qui n’attendaient que cela.
Poitiers ne s’est alors, jamais forgée de culture militante et même si tous les courants de la gauche existent dans ses murs, ils ne sont pas fédérés, et sont pour certains encore balbutiants. Seul l’AGEP UNEF, forte de ses 1500 adhérents (ça en ferait rêver certains) agite quelques peu les amphithéâtres, nous sommes encore loin du mouvement du 22 mars à Nanterre ou des Comités d’actions lycéens parisiens. Trois grands lycées forment la jeunesse issue du Baby Boom, le tout nouveau Camille Guérin et les Lycées Henri IV et Victor Hugo. Ces lycées dépendant du modèle Napoléonien sans rien y déroger ou presque, le droit de réunion sera pris de fait par les lycéens.
Il n’y aura pas d’événements déclencheurs des manifestations. Parlons plutôt un effet de suivisme de la part des étudiants poitevins réagissants d’un côté à la violence policière s’exerçant contre leurs camarades parisiens et d’un autre d’un engagement tardif dans un mouvement déjà national. Les leaders étudiants sont au Parti Socialiste Unifié, quelques uns sont membres de l’extrême gauche pro-chinoise ou trotskiste mais sans plus. Il n’y a pas de vrai rebelle et l’apparition lors d’une manifestation du premier drapeau rouge flottant dans les rues de Poitiers fit grand bruit.
En comparaison avec mon sujet d’étude, les manifestations peuvent sembler dérisoires, pas plus de 3000 personnes, une grève sans forcément de blocage des facultés. La non-violence comme il y a deux est saluée par la presse locale, soulignant le sérieux des étudiants, la bonne tenue des cortèges et l’absence d’extrémistes… Pour exemple, le préfet avec raison ne place qu’un seul gardien de la paix, il est en tête de manif et toujours comme il y a deux ans, finira par sympathiser avec le peuple des amphis. De nombreuses manifestations auront lieu le 13 mai passés, mais elles ne dépasseront que rarement la barre des 1000 personnes et les étudiants ne sont pas forcément les plus nombreux dans les cortèges. La droite et l’extrême droite ne reste pas sagement assise, dans les premiers temps, des provocations auront lieu à proximité des défilés, des seaux d’eau seront même lancés depuis les appartements de la place du Mal Leclerc.
Les rares faits de violence correspondent à une manifestation à la toute fin du mouvement (comme souvent), le régime ayant interdit la tenue de toute manifestation, les étudiants ayant bravé celui-ci se sont retrouvés place de la Liberté devant 200 Gendarmes alors que leurs rangs ne comprenaient pas plus de 300 têtes de pipes, une pierre blessant un policier fut jetée d’une des fenêtres de l’hôtel fumé. Les étudiants d’extrême droite se sont attaqués au local de l’UNEF pour y déloger les étudiants avec force et fracas mais tout s’arrête là…
Le Poitiers étudiant à bénéficié d’un appui certain de la part de leurs enseignants sans pour autant en profiter réellement, quelques Assemblées Générales mixtes, quelques comités de réflexion commun mais sans plus. Le Poitiers ouvrier fut plus réactif, mais ne dépassant pas les 2000 personnes, les conséquences furent réellement limitées. Les poitevins étaient plus concentrés sur leurs transistors retransmettant les évènements parisiens ou sur la gestion de leur stock de nourriture, certains se préparant à une nouvelle guerre… Ah… Poitiers notre bonne vieille ville annonçait un tract…