On faisait moins les malins hier lorsque l'une de nos enseignante (sans nous revéler l'histoire) nous disait que 600 places ce n'était pas mal compte tenu de ce que l'on allait nous pondre...dimanche 23 décembre 2007
Des informations alarmantes se confirment actuellement sur la fin des concours du Capes et de l’Agrégation etleur remplacement par un Master professionnalisant d’enseignement en 2 années, assuré par l’IUFM selon un système comparable à celui déjà mis en place en Italie par le gouvernement Berlusconi. La loi LRU et les maquettes du rapport Belloc confirment par ailleurs le projet de mise en place d’une licence en trois ans dans un "Collège universitaire" par des enseignants non-chercheurs. A la sortie de ces formations, les étudiantEs se retrouveraient ensuite sur le marché du travail, pour un recrutement par les conseils généraux ou régionaux, voire "direct" par les chefs d’établissements. Nos collègues nous confirment qu’un débat est actuellement en cours dans les commissions "formation des maîtres" du SNESUP pour savoir comment parvenir à la reconnaissance d’un master pour les enseignantEs sans faciliter dans le même temps le travail du gouvernement dans sa volonté de supprimer les concours nationaux de recrutement.
Tout cela était déjà en germe dans la " Lettre de mission" adressée en Juillet 2007 par Sarkozy à Xavier Darcos pour cadrer les grands axes de sa politique d’Education et qui consacre en effet un paragraphe entierà propos de la formation des maîtres et des IUFM : "Dans la continuité de la loi d’orientation du 23 avril 2005, vous veillerez, en lien avec la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, à ce que les instituts universitaires de formation des maîtres donnent aux enseignants les outils dont ils ont réellement besoin pour exercer leur métier, et non pas qu’ils cherchent à imposer certaines méthodes de préférence à d’autres. La formation des enseignants devra durer cinq ans et sera reconnue par un diplôme de niveau master. (...) ."
En dehors de la pique sur l’imposition de "certaines méthodes" qui ont été illustrées par la croisade De Robien sur la lecture, mais qui vont aussi dans le sens des politiques éducatives strictement utilitaristes en Europe, cette commande s’inscrit dans le droit fil des demandes de l’Union Européenne à propos de l’organisation et du contenu des systèmes d’enseignement et de formation dans les Etats membres. Et notamment de la "vaste consultation publique" ouverte pendant les vacances en été 2007 sur un site internet auprès des étudiants, enseignants, parents, etc. surl’enseignement scolaire, en vue de "déterminer les points pouvant faire l’objet d’une action communautaire conjointe". (ces responsabilités relèvent en effet des compétences des états membres). Pour mieux comprendre et aussi anticiper il convient de rattacher cette demande de Nicolas Sarkozyaux propositions à ce moment-là en discussion dans le cadre de la Commission Européenne et présentées le mois suivant en août 2007 sous l’intitulé "Propositions visant à améliorer la qualité des études et de la formation des enseignants dans l’Union européenne". (contenu à consulter ici)
On y trouve un rappel historique des étapes antérieures concernant l’éducation et la formation dans la perspective des objectifs de Lisbonne et des échéances programmées pour 2010 (qui guident les réformes actuellement en cours ou à venir)."En 2004, dans un rapport conjoint sur les progrès accomplis dans la concrétisation desobjectifs de Lisbonne dans les secteurs de l’enseignement et de la formation, le Conseil et laCommission ont demandé l’élaboration de principes européens communs pour lescompétences et les qualifications requises par les enseignants et les formateurs. (...)L’amélioration de la qualité des études et de la formation des enseignants doit donc être unobjectif majeur des systèmes éducatifs européens, de telle sorte que des progrès plus rapidespuissent être accomplis sur la voie de la concrétisation des objectifs communs définis dans leprogramme de travail Éducation et formation 2010."
En particulier, à propos des qualifications et après un rappel des conclusions des enquêtes menées en Europe sur la durée de la formation initiale des "enseignants du cycle supérieur de l’enseignement secondaire" et des niveaux de qualification en fin de formation, on peut lire en
2.3.5 Formation des enseignants dans le système de l’enseignement supérieur, la recommandation suivante :"Dans le but de veiller à ce que l’enseignement supérieur dispose d’une capacitésuffisante pour garantir la quantité et la qualité de la formation des enseignants,d’une part, et promouvoir la professionnalisation de l’enseignement, d’autre part, desprogrammes de formation des enseignants devraient être créés aux niveaux master etdoctorat (aussi bien qu’au niveau licence)" . Et cette "précision" éclairante sur le profil requis des formateurs : "Les responsables de la formation des enseignants (et des formateurs d’enseignants)devraient posséder une expérience pratique de l’enseignement en salle de classe etavoir atteint un trèshaut niveau pour ce qui est des aptitudes, de la mentalité et descompétences exigées des enseignants.". Ce qui signifie des pédagogues bien notés par l’institution, mais surtout pas "enseignants-chercheurs" !
Pour éclairer la suite, il convient aussi d’être attentif à cette batterie de précautions qui vient corseter la formation des enseignants dans un ordre pédagogique et moral strictement encadré "Il conviendrait de consolider les liens entre les formateurs d’enseignants, lesenseignants en exercice, le monde du travail et d’autres sphères d’activité. Lesétablissements de l’enseignement supérieur ont un rôle majeur à jouer dans lacréation de partenariats efficaces avec les écoles et les autres acteurs pour veiller à ceque leurs programmes de formation pour enseignants reposent sur des faits concretset établis et sur une bonne expérience des salles de classe."
nota : les gras et les soulignements sont de notre fait.
Nicole Desautels. Emancipation 83