
Faut-il liquider mai 68 ? Tel était le titre de la première émission de l’année ayant pour thème le mois des barricades. J’ai vu l’émission cette après-midi et mon avis est quelque peu mitigé. Le journalisme, qui n’est pas une science exacte essai de redonner vie comme il peut à un sujet qui semble avoir tout donné. L’émission commence par la phrase de Sarkozy que j’ai déjà évoqué maintes fois sur mon blog, je n’y reviendrai pas. Je me contenterai d’analyser e cadre, les acteurs, les enjeux de ces deux heures de prime.
Tout d’abord la forme, une jeune et jolie journaliste, apparemment neutre Marie Drucker (c’est juste la femme d’un ancien ministre de droite), accompagnée à sa droite par Max Gallo pseudo-historien, caution mitterrandienne de l’événement. Le but de l’émission, nous rabattre les oreilles avec des images dont certaines sont inédites, des analyses d’acteurs du mouvement, des experts, des journalistes et des polémistes modernes. Le temps devrait donc alterner entre explications et autobiographies militantes romancées.
On n’évite pas l’écueil et dès la première seconde du reportage une voix nous assomme avec un « tout commence le 3 mai ». Et bien non, si Cohn-Bendit, étudiant à Nanterre est à la Sorbonne aujourd’hui c’est que justement tout ne commence pas le 3 mai. Première archive étudiante, un petit-bourgeois blondinet tombe dans la focale pour lancer bravement « pour changer les structures universitaires on fait la révolution ». Et oui, tout mouvement à ses boulets. Quand bien même certaines personnes voulaient faire la révolution, ce n’était sûrement pas pour se limiter aux structures universitaires. Trop tard, le mal est fait, « on les appelle les gauchistes, ils sont contre la guerre du viet-nam, contre la société de consommation… » . Tout le monde est dans le même panier.
Pour éviter d’analyser ce qui apparaît comme impossible on nous sort notre première star. Hervé Hamon, inconnu au bataillon pour bon nombre de nos concitoyens il s’agit simplement de l’hagiographe officiel des mouvements d’extrême gauche de 1964 à 1978… Couronné de gloire après son ouvrage commun « Génération » en deux tomes, retraçant les parcours militants de July, Geismar, Goldman, Sauvageot, Krivine, Weber… En gros, pour moi, c’est un peu celui qui par ses écrit indispensable par ailleurs à l’histoire, à justement tué l’histoire qu’il restait à faire en ne se focalisant que sur les « stars ». Sa formule d’analyse donc : « improvisation permanente. » Rien de choquant non ? C’est juste le détournement de la célèbre révolution permanente de Trotski que ce dernier voulait justement entreprendre 40 ans plus tôt. Je lâche la barre, triple saut périlleux avant, retombé sur les jambes. La gymnastique politique est un sport de combat.
Après le début de mai étudiant, l’improvisation, la grande blague en somme on passe au lourd, au sérieux, la grève. On nous montre le clichés, la grève sympa, celle de Renault-Billancourt. Malgré quelques écarts ce site était complètement contrôlé par la CGT, celle-là même qui nuira tant au mouvement en essayant de le contenir. On ne parle pas de Nantes d’où les grèves sont parties sans l’aval des centrales syndicales. Le mouvement, durant toute l’émission ne sera entrevue que par l’angle Parisien bien trop réducteur.
A défaut de taper sur la CGT (encore vivante) on se farci le PC (en train de mourir). Pour cela on nous sort The Star, l’indispensable Cohn-Bendit, qui comme tous les dix ans revient se confesser en direct de ses sois disantes erreurs passée. Il a veilli mais il est toujours incisif, pour le coup lui est capable de faire la part des choses entre sa personne et le mouvement, distingue clairement tous les acteurs… Ce qui n’est pas le cas du polémiste de service, l’homme sans langue de bois… Copé. Il n’a rien compris ou plutôt joue se jeu à merveille pour tenter de justifié l’idiotie de son mentor.
Après un défilé de stars du mouvement, Geismar, July… Un bandeau arrive, nous révélant une histoire prétendument cachée et si les stars de 68 c’étaient les CRS ? Non, il y a bien que les médias qui ne l’avaient pas saisis (c’est plus les coups de matraques que les discours de Sartre qui marquèrent mon oncle…). Et oui, apèrs avoir réduis mai 68 à des Stars, après les avoir toutes interviewées il vous faut en trouver de nouvelles. Ce sont le CRS. Pauvres d’eux, ils étaient violentés par les étudiants, méprisés des Français et déconsidéré par leur hiérarchie. On le sait pourtant, il y a 8 morts (toujours tabous, dont un flics à Lyon) en 68. Il y a eu des tabassages en règle pendant des journées entières. Il y a eu des milliers de viols dans les camions et les commissariats. De Gaulle avait même lâché, « faites les tenir, faites les boires » et il ne parlait de tisane le Général. Le CRS serait donc la vraie victime de mai 68. j’en pleure encore. Par contre on oublie de dire que Grimaud, le préfet est un homme lettré profondément de gauche et que c’est lui qui à failli se faire bouffer par le SAC de Pasqua.
Copé attaque Dany sur le mélange de son explication alors que lui nous fait un moment le coup du « gigantesque monôme d’adolescents », en gros, la blague, il ne c’est rien passé d’un côté. Et de l’autre il s’agirait d’une « bonne vieille tentative de déstabilisation de la société dont on a payer un prix énorme », l’éternel complot gauchiste. Terrible.
Un seul historien est interviewé, il s’agit de Sirinelli, brillant et spécialiste, mais ce n’est pas en deux minutes que l’on peut tenter de faire comprendre des choses. Joffrin fait office de caution journalistique (son bouquin est toujours une référence).
Finalement, celui avec qui j’ai bizarrement été le plus d’accord de l’émission est sans-doute celui qui n’a plus rien à perdre : Balladur. Il remet Sarko à sa place en disant « qu’il serait stupide de revenir sur Mai, on ne refait pas le cours de l’histoire ». Il place Mai dans un contexte général intéressant, bref sans critiquer le fond, il prend les faits tels qu’ils furent.
Je passe sur le féminisme, travail bâclé du reportage. J’enrage lorsque à aucun moment le mot « grève générale » n’est lâché. Or une grève générale, c’est autre chose qu’une grève massive. 10 millions de grévistes, c’est tout simplement la plus grande grève mondiale… ça à quand même de la gueule.
Dernier truc, après une pub de 30 min pour RTL et Europe, on nous diffuse la preuve que les radios « étrangères » étaient libres avec un reportage de… France Inter. Ouais on fait mieux.
Une émission de stars, que ne fait pas référence aux sciences qui se sont tournées vers le mouvement, la Socio, l’histoire, les sciences-po… Intéressant pour les images, le reste…