Je viens de finir mon exposé sur Érasme...
Pour les curieux ou pour les étudiants à la bourre souhaitant avoir un exposé d'une demi-heure plutot corect aux dires du prof...
La période que l’on a coutume de faire commencer avec l’invention de l’imprimerie par Gutenberg en 1453 a été riche et foisonnante sur le plan de la culture, des arts, des sciences et évidemment des religions. Nombre d’hommes et de femmes l’ont traversé, mais peu l’ont marqué d’une empreinte aussi profonde que l’homme dont l’exposé va traiter : Desiderius Erasmus Roterodamus communément appelé Erasme de Rotterdam. Le contexte de son existence à quelque chose de révolutionnaire, les changements, les bouleversements sont au cœur du quotidien. Les artistes redécouvrent la perspective, les scientifiques remettent à plat tous ce que l’on pensait acquis et immuable, les explorateurs reviennent des nouveaux continents avec des produits et des animaux inconnus. Le monde « eurocentrique » va devoir repenser, se repenser.
Un mouvement culturel rassemblant de nombreux européens va se créer autour de l’idéal Humain pendant le XVIème siècle. Ce courant de pensée souhaitait placer « la personne humaine et ses vertus » au-dessus de toutes autres valeurs en renouant avec les écrits antiques et la redécouverte des livres saints. Cette redécouverte des anciens auteurs, mêlée d’un important travail théologique sera appelée « Humanisme » par les historiens contemporains. L’humanisme sera au cœur de la renaissance, et Érasme sera au cœur de l’humanisme, par conséquent donc au cœur de la renaissance, au cœur de son temps.
Peu nombreux ont été les hommes de lettres courtisés par les grands de ce monde. Peu nombreux se sont attirés les foudres, à la fois de l’église comme des défenseurs de la réforme. Mais ils sont encore moins nombreux à avoir réussis à se sortir vivant d’une période qui, paradoxalement, a su, parallèlement à l’éloge de la culture et du savoir-vivre, monter les hommes entre eux pour commettre d’abominables massacres au nom des dogmes. En effet si l’on reconnaît la renaissance comme une période formidable sur le plan culturel ou intellectuel. Elle n’en a pas été pour autant pacifiée et vierge de tous malheurs, de crimes en tout genre, d’exterminations sommaires, d’épidémies désastreuses ou d’autres calamités diverses… Si Érasme à pu tracer son chemin à travers le XVI siècle sans trop d’embûches, nous verrons que ce chemin a été largement influencé par ces maux.
Nous sommes donc en mesure de nous demander de quelle manière celui l’on appelle encore « le prince des humanistes » a pu incarner les nouvelles formes de pensées ? Pour tâcher de répondre à cette problématique nous procèderons par étapes en étudiant la formation d’Érasme illustre autant que rigoureuse, en poursuivant par une approche de son œuvre avant de finir en plaçant la vie d’Érasme à travers sa pensée.
I ) Une formation illustre, religieuse et rigoureuse.
L’enfance est toujours un passage délicat dans la vie d’une personne, une chose est sure, pour le cas d’Érasme, cette période fut difficile et douloureuse. Né d’un père prêtre ou moine copiste et de Marguerite fille d’un médecin de Zevenbeque, celui qui se nomme encore Geert Geertsz est ce que l’on appelle à l’époque un bâtard, un enfant illégitime.
A ) Une éducation religieuse poussée.
Comme la majorité de ses contemporains, il effectua ses premières au sein de diverses écoles religieuses. Il fréquentera d’abord l’école de Peter Winkel, à Gouda, en 1476. Un an plus tard il est sur les bancs l’école capitulaire de la cathédrale d’Utrecht, il y officie d’ailleurs comme enfant de chœur avant d’être envoyé vers ses dix ans dans une célèbre école.
Il entre ainsi dans l’école des Frère de la Vie Commune de Deventer, suivant ainsi un enseignement mêlé de contemplation et de vie active, d’étude des textes saints et de lectures des auteurs de l’Antiquité. Il faut noter que cette école est l’un des berceau de l’humanisme flamand. On apprend a y concilier les lectures des philosophes gréco-romains avec les textes fondamentaux du christianisme. Mais ce Christianisme est différent du dogme médiéval, ainsi on ne lie plus les écritures païennes à travers le filtre chrétien et Aristote perd de son importance au profit d’autres auteurs antiques.
Ce passage par l’école de saint Lebwin de Deventer, marquera à jamais l’analyse d’Érasme. Il tachera continuellement de dépasser la scolastique et son lot de commentaires importunés pour se concentrer sur les textes d’origines. Préférant ainsi la vérité des textes saints aux commentaires des médiévistes. Pendant ces toutes premières années, rien ne viendra réellement troubler le jeune Érasme. Mais un mal venu de l’orient et qui frappera premièrement les ports européens changera pour ici dire la donne. En 1483, sa mère meurt de la peste. Il est contraint de rentrer à Gouda où son père ne tardera pas à mourir lui non plus. Il sera donc confié à ses oncles. Mais ses tuteurs s’attardent plus à lui soutirer son héritage qu’au bon suivi de son éducation. S’empressant ainsi de l’envoyer dans un monastère qu’il qualifiera plus tard de « médiocre » à Bois-le-Duc (aujourd’hui Bar-le-Duc). Il déclara ainsi avoir perdu trois à quatre ans de son existence même si il reçu des préceptes de logiques et de dialectique tout en continuant à étudier les textes anciens. C’est à ce moment-là qu’il pris le nom de « Desiderius (Désiré ou Didier) Erasmus (l’aimé) Roterodamus. Mais la fatalité le rattrapa.
La peste le contraint une nouvelle de rentrer à Gouda, où, souhaitant s’établir, il se fera ordonné prêtre au couvent des Chanoines de St Augustin de Steyn, séduit, semble-t-il, plus par l’abondante bibliothèque que par le cadre de la vie monacale. Mais cette voie ne lui convient guère et malgré toutes les amitiés et relations qu’il a pu nouer dans les ordres il tachera de s’en écarter le plus rapidement possible.
B ) Des voyages au cœur de sa formation.
Toujours chanoine, Érasme se déroba de nombreuses fois à son serment pour se lier d’amitié avec l’êveque de Cambrai (Henri de Bergen), qui, frappé par son intelligence et son savoir le pris sous sa protection. Enfin sorti de son monastère, il servira de secrétaire à Henri de Bergen ; qui, devant la soif de culture et de savoir de son protégé, le laissera partir étudier à Paris. En 1495 il suit effectivement les enseignements du collège de Montaigu (sur la montagne Ste Geneviève) avant de revenir en hollande (non sans avoir au préalable fait un détour par Bergen lieu de résidence de son patron). Les cours de Montaigu étaient peut-être d’une qualité reconnue mais d’une rigueur excessive. Rigueur qui l’en fera sortir malade et écoeuré par une éducation de conception moyenâgeuse. En hollande, il est déjà reconnu comme « homme de lettres » mais son avenir, il pense le trouver en France. Il retourne donc à Paris pour gagner sa vie en tant que précepteur. Ses élèves deviendront des amis, et il fera fructifier ces amitiés à travers le goût de l’échange et du travail en commun. C’est aussi à Paris qu’il publie ses premiers ouvrages concernant à l’étude du Latin.
Cette réputation lui vaut d’être appelé en Angleterre pour éduquer les enfants de Lord Mountjoy, l’un de ses anciens élèves parisiens. À partir de 1499, il séjournera de nombreuses fois sur l’île. Et fréquentant le milieu lettré de Londres il s’y fera de très nombreuses amitiés, les humanistes John Colet et Thomas More pour les plus célèbres. Il prend alors conscience de ce qu’il est : un humaniste et un théologien. À partir de maintenant sa voie est tracée, il publiera régulièrement de nombreux ouvrages sur tous les sujets, parcourant à la recherche de manuscrit comme de conseils l’Europe entière jusqu'à sa mort à Bâle en 1536. Il aura ainsi parcouru les Provinces-Unies, la France , le Royaume d’Angleterre, les Etats Italiens et la Suisse, lieu de sa disparition. La raison de ses voyages ? une rencontre intéressante à faire, la recherche d’un manuscrit comme d’un éditeur, la nécessité de se trouver des mécènes, fuir une guerre une épidémie ou tout simplement répondre aux souhaits d’un empereur. Ce fut aussi l’occasion d’enseigner la théologie et autres préceptes aux lettrés européens, aux membres de la république des lettres, république sans autres frontières que la censure naissante.
C ) Un intellectuel autodidacte.
Érasme est un génie. Pas au sens de quelqu’un qui va découvrir une formule mathématique quelconque permettant à une autre personne de résoudre des siècles après une équation. C’est un génie dans sa perception du moment, dans sa méthode de travail et peut être dans une intuition maligne et non malsaine à su trouver les éléments de sa construction théologique et philosophique.
Comme nous l’avons vu précédemment, son éducation à d’abord été religieuse et institutionnelle. Mais il n’a jamais cessé de se documenter. Il n’a jamais cessé de lire, d’écrire et de reformuler ses ouvrages espérant atteindre une vaine perfection. À la base de son érudition, on trouve donc l’enseignement religieux, l’enseignement des classiques, ces voyages naturellement mais aussi et surtout ses rencontres, tous ces hommes de lettres, ses artistes côtoyés dans les universités et chez les imprimeurs de toute l’Europe. Ses rencontres débouchaient souvent sur des échanges épistolaires fournis et réguliers, permettant ainsi le partage des savoirs et l’augmentation des connaissances.
Ces correspondances le conduisaient ainsi dans les villes européennes à la recherche de manuscrit anciens comme de lectures plus contemporaines, pouvant être à même de rassasier cette boulimie culturelle le temps d’un instant. Lui permettant ainsi de développer de nouveaux thèmes d’écriture…
II ) Une œuvre reflétant le penseur de son temps.
La seule chose comparable à sa sagesse et à l’étendue de son savoir : la masse et la densité de ses écrits, philosophie, politique, histoire, théologie, dialectique, méthode d’enseignement, correspondance en tout genre, préfaces et traduction rien ne lui échappe.
A ) Les Adages.
La première édition de se que l’on peut qualifier de pièce centrale de son travail à été publiée en 1500, elle est par ailleurs dédiée à son élève devenu mécène : Lord Mountjoy. Cette première édition de maximes, de proverbia comme Érasme les nommera même sera quelque peu vierge de tout rapport au christianisme. En effet il s’agissait la simplement de traduire et d’assimiler des proverbes antiques, des expressions populaires et des métaphores fines et parfois ironiques. Mais là où un auteur « normal » ferait de la paraphrase, une traduction à la lettre, Érasme lui composait avec les mots et leur donnait un double sens, double sens qui lui nuira par la suite car certains de ces écrits, qui n’étaient vraisemblablement qu’un billet d’humour, ont été qualifiés d’hérétiques…Car, non content de traduire la maxime Erasme d’attachait à la signifier auprès de son lecteur soit à travers une analyse fine proche de la sémantique soit à travers une anecdote bien sentie mêlant politique contemporaine et pointe de satyrisme.
Mais personne n’est plus à même de décrire ses écrits que l’auteur lui-même : « Je me suis promené parmi les jardins bigarrés des auteurs et j’ai cueilli au passage, comme des fleurettes de toute espèce, pour les tresser en guirlande, les adages les plus anciens et les plus remarquables. Qui ne sait que les principales ressources, les principaux arguments du discours résident dans les sentences, les métaphores, les paraboles, les comparaisons, les exemples, les images et autres figures de style ? Non seulement ces expressions enrichissent la conversation, mais elles lui apportent un charme et un rayonnement infinis, chaque fois que, admises par tous, elles passent dans le langage courant. Ainsi lui doit-on « une hirondelle ne fait pas le printemps », « tel père, tel fils », « être dans le même bateau », « la nuit porte conseil », « un mal nécessaire », autant d’expression qui sorites de leur recueil grecques ou latin parcouront pour continuer de ponctuer nos phrases quelques cinq cent ans plus tard.
Si les Adages constituent une œuvre centrale et infinie car constamment réédité et agrémenté de nouvelles trouvailles son livre le plus marquant est sans aucun doute : « l’Éloge de la Folie».
B ) L’Éloge de la Folie.
C’est cet ouvrage que la postérité aura retenue d’Érasme. Il à été écrit aux alentours de 1509 en Angleterre, alors qu’Érasme séjournait chez son ami Thomas More. Il s’agit là d’un discours, sous forme quasi théâtrale, que la folie donne au lecteur. La folie s’adresse à la première personne, ce qui est relativement rare voir même insolent pour l’époque. C’est un discours sur la morale, énumérant les pêchés et les vices des hommes avant de rappeler les vérités chrétiennes (Erasme est catholique, ne l’oublions pas). Le ton est ironique, voire satirique mais ce n’est pas Érasme qui parle, c’est la folie. Si le contenu est homélitique (homélie =>sermon simple et familier), écrits très répandue à la renaissance, il ne peut être considérés comme tel, car non seulement c’est la folie qui parle mais seul les hommes d’églises, les représentants du seigneur sont habilités pour écrire des sermons.
Mais si Érasme joue sur le « je», c’est pour que le lecteur se sente directement concerné par sa lecture comme si c’était une folie interne qui parlait. Comme si le lecteur se reconnaissait dans ces paroles. Comme si ces paroles venait du Christ. La boucle est bouclée, comme le dit Claude Blum dans son introduction à l ‘Éloge de la Folie, « Érasme venait d’inventer la seule voie que pouvait emprunter un laïc pour faire entendre la parole sacerdotale sans la singer en un temps où celle-ci se dérobait parfois à son devoir d’enseignement. Il inventait une manière d’écouter le Christ, loin des hiérarchies dogmatiques et des intermédiaires d’autorité. »
Il ne fait absolument aucun doute que le double jeu d’Érasme dans cet écrit n’aura pas aidé ses écrits à traverser les temps douloureux de l’inquisition catholique. Faisant ainsi d’Érasme une cible vulnérable.
Dernier ouvrage d’importante pour l’humanisme batave : ses Colloques
C ) Les Colloques.
La littérature fourmille d’exemple de dialogues plus ou moins imaginaire, Platon, Galilée et Diderot en sont de remarquables exemples. Érasme ne dérogera pas à la règle. Et c’est en 1518 qu’en paraissent les premières pages alors anonymes. À vrai dire, Érasme n’est pas content, ils sont incomplets ponctués de fautes. À la base, ses Colloques devaient servir de manuel de latin pour ses étudiants, le sort en décidera autrement. Le public est au rendez-vous et en 1519 une nouvelle édition revue et corrigée paraît sous la plume d’Érasme tout en déclarant qu’il n’en est pas l’auteur. C’est en 1522 que paraîtra l’ouvrage enfin fini et portant le nom de son auteur, il ne cessera alors de s’enrichir…13 éditions auront ainsi été publiées entre 1519 et 1533. Érasme laissant même à sa mort, 70 dialogues attendant leur parution.
Ce mode d’écriture qui l’a ainsi suivi tout au long de sa vie, lui a permis d’écrire tout en restant sérieux sur tous les sujets possibles. La Religion avec le Banquet religieux, les funérailles ou encore l’inquisition de la foi alors même que commence la querelle avec Luther. Le pacifisme avec les Préoccupations d’un Soldat, des questions morales comme le mariage, l’éducation…Des personnages partagent ainsi leur point de vue permettant d’en exposer plusieurs avant de conclure sans forcément influencer le lecteur dans le choix de son parti.
Mais le dialogue laisse beaucoup plus de libertés à Érasme que les théologiens de l’époque ne souhaitent lui en donner. Ses colloques seront donc censurés. Ce n’est pas tant les idées développées par Érasme qui posent problème mais plus ceux qui les mettent en scène dans ses écrits, un homme de rue qui se transforme en théologien, ça, la Sorbonne ne le supportera pas…Il faut dire que les temps sont durs pour les Chrétiens…
L’œuvre d’Érasme est donc tout à son image, varié dans la forme et dans le fond. Elle reflète aussi bien le contexte politico religieux du moment, divisé entre deux camps distincts et farouchement opposés.
III ) Érasme et ses idéologies.
Comme beaucoup d’intellectuels plus ou moins contemporains, Érasme peu être placé dans différentes cases idéologiques. Mais ces différentes idéologiques sont toutes très liées que se soit par l’histoire ou par les hommes qui les défendirent.
A ) L’humanisme.
L’humanisme est une notion très vaste. Il regroupe à la fois des pensées religieuses, politique, artistique et philosophique. Beaucoup de personnes y ont contribué mais Erasme est sans conteste l’homme qui se détache le plus de la période pour s’imposer comme le « Prince des Humanistes ». Il se détache par ses connaissances, son éducation, ses écrits (nous venons de le voir) et encore ses enseignements.
Il multipliera tout au long de son existence les éditions d’œuvres classiques au point de faire « sous-traiter » les traductions par ses élèves à la fin de sa vie. Il partira à la recherche de manuscrits perdus en appelant à reconstruire le « monument de l’Antiquité qui s’est effondré ». Pour lui comme pour les humanistes, ceux qui travaillent à cette reconstruction se trouvent au-dessus des princes « parce qu’ils se livrent à une œuvre sacrée, qui s’étend non à une province, mais à toutes les nations et à tous les temps ». En ça, Érasme apparaît comme un précurseur, pour lui pas de limites si ce n’est comme nous l’avons vu précédemment l’étroitesse de l’esprit humain qu’incarne la censure. Pour mieux reconstruire l’idéal que représentait l’Antiquité aux yeux des humanistes, ils vont tacher de traduire tous ce qui leur fut possible. On doit à Érasme les textes de Sénèque en 1515, ceux de Suétone en 1518, les ouvrages de Pline l’Ancien en 1529, les livres de Tite-Live et d’Aristote en 1531, les discours de Démosthène en 1532 ainsi que les traités de Ptolémée l’année suivante.
Mais cette étude des textes anciens ne détournera pas Érasme de celle des livres saints. Il répète souvent, notamment dans sa Méthode de la Vraie Théologie parue en 1515 qu’il faut se débarrasser de la Scolastique pour revenir aux sources, aux Evangiles et aux écrits des pères de l’Église. Ainsi Érasme aura traduit les œuvres religieuses des pères grecs et latins ainsi qu’une traduction du Nouveau Testament.
Pour réaliser l’ensemble de son œuvre Érasme aura dû maîtriser un nombre de langues impressionnant. Outre le flamand, sa langue natale et le Latin, celle de ses études notre humanisme aura appris le grec, l’araméen et le français. Des doutes persistes sur le fait qu’il parlait aussi l’Anglais l’Allemand et l’Italien, car à l’époque, une fois que vous maîtrisiez le latin et du moment que vous ne côtoyiez que des personnes lettrées le parlant couramment, vous pouviez faire le tour de l’Europe…mais ce tour d’Europe sera de plus en plus délicat à pratiquer compte tenu des troubles religieux qui vont apparaître…
B ) Érasme et la réforme.
Beaucoup de choses ont été dites sur Érasme et son comportement pendant la réforme. Beaucoup de ces choses se sont révélées fausses. Ce qui est sûr, c’est que la vie de notre protagoniste a été très liée aux événements religieux du début du XVIème siècle. Ses rapports avec Luther et la polémique qui s’en suivi vont retenir à tel point l’attention, qu’il est absolument impossible de parler d’Érasme sans parler de la réforme.
En 1517, Luther affiche ses 95 thèses contre les indulgences. Il y critique le ritualisme, la théologie médiévale, le pouvoir du pape, les rapports de l’église avec l’argent (les indulgences…). Il prône une restitution de la pureté des massages évangéliques. Évidemment Érasme ferait un allié de poids dans ses dénonciations, lui qui a subi la rigueur de l’enseignement religieux, qui a travaillé contre la scolastique et dénoncé le rapport à l’argent. Cependant, l’une des valeurs les plus marquantes de la pensée Érasmienne est, l’unité de l’église. Pas question donc, de soutenir un nouveau schisme dans la chrétienté. Même s’il approuve les premières prises de positions Luthériennes, il ne tardera pas à aller contre celles-ci. Il place pour sa défense, le choix du libre-arbitre, la paix et la tolérance. Mais il faut croire que ce message conciliateur n’a pas été entendu par ses contemporains, même si cette position lui vaut un rayonnement européen encore plus important qu’il ne l’était déjà, ceux qui auront fait le choix de l’une ou de l’autre de ces parties. Ces gens-là eux ce tourneront d’un seul homme vers Érasme, mourir pour des idées d’accord mais de mort lente aurait-il pu leur répondre.
Ces écrits critiques à l’encontre de l’église catholique, ainsi que les doutes et les sous-entendus qu’ils véhiculaient lui valent néanmoins d’être accusé de défendre la cause de Luther. Ce qu’il réfute avec force et virulence, car s’il défend effectivement un renouveau religieux, celui-ci ce fera dans l’église catholique et certainement pas en dehors. Aussi les esprits mal tournés diront qu’il refuse d’avouer le fond de la pensée par peur de représailles. Pour contrer cette argumentation, qui, à défaut d’être vrai pour lui était synonyme de survie pour la majorité de ses contemporains, il publia en 1524 son Essai sur le Libre Arbitre, directement adressé à Luther. La réponse de ce dernier paraît la même année sous le titre Essai sur le Serf-Arbitre ce qui permet à Érasme de conclure par Le défenseur en 1526.
Érasme n’est donc pas épargné par la réforme, mais lui au moins s’en sortira vivant, nombre de ses proches ne connaîtront pas le même sort que lui. Au premier rang desquels son ami de toujours Thomas More.
C ) Le Pacifisme.
Comme nous venons de le voir, le pacifisme est encré au plus profond de la pensée d’Érasme. La haine et l’horreur de la guerre sont au cœur de ses écrits. Son opposition au papa guerrier Jules II comme aux guerres d’Italie en est l’un des symboles. Ce précurseur de l’Europe des Peuples, le mot est de Pierre Grosclaude d’après Margolin, a ainsi écrit de nombreux textes pacifiques : Complainte de la paix 1516 ou encore Dulce Bellum traduit par « la guerre est douce à ceux qui n’en ont pas l’expérience ».
Les motivations de son pacifisme sont multiples. Premièrement il passera son temps à fuir toute forme de barbarie et de violence. Mais on Margolin distingue trois catégories d’arguments pacifistes dans les écrits d’Érasme:
- Les abominables massacres auxquels se livrent les hommes entre eux répugnent à la nature : même les animaux les plus sauvages ne connaissent pas des mœurs aussi atroces.
- La raison devrait inciter tout chef d’État tenté par la guerre d’y renoncer, car les destructions auxquelles se livrent les belligérants de part et d’autre font qu’il n’y a plus ni vainqueurs, ni vaincus.
- Les enseignements de la religion s’opposent formellement à la guerre et à tous les maux qu’elle entraîne tôt ou tard.
Même si les références d’Érasme sont parfois empruntées à l’Antiquité, la modernité de sa posture reste, à l’exception des quelques autres humanistes comme More, La Boetie ou Montaigne très innovante pour le XVIème siècle.
Comme nous venons de le voir, Erasme, à travers ses écrits, ses rencontres et ses voyages à été au centre de l’activité politique religieuse et intellectuelle de la renaissance. Que ce soit sur les bancs d’une école religieuse, dans une bibliothèque Londonienne ou encore comme Conseiller des Charles-Quint, Érasme à toujours su être au dessus des autres, au dessous par sa sagesse d’esprit et au dessus par sa modernité d’action et de penser.