Nous le savions, nous l’attendions, la profusion d’ouvrages sur Mai 68 édités ou réédités à l’occasion du quarantième anniversaire de l’événement est désormais en tête de gondole dans toutes les bonnes librairies.
Tout d’abord, que peut inspirer un tel emballement ? Scientifiquement, nous ne pouvons que nous satisfaire, l’intérêt du public pour le mois de mai permet aux sociologues, historiens, politistes ou autres linguistes de pouvoir offrir de larges analyses dans des formats prestigieux. Ainsi côté histoire plusieurs livres ouvre une brèche, l’histoire n’avait en réalité jamais trop mis les pieds dans un événement qui pouvait apparaître comme confisqué par la sociologie et le journalisme. De même, l’âge aidant, plusieurs « vraies » biographies ou autobiographies sont parues, elles commencent petit à petit de se détacher de l’hagiographie. La photographie, arme du mois de mai, permettant de rallier à une révolution sans but avoué les jeunes étudiants du monde entier et de faire entrée dans l’histoire l’image d’une ville dépavée à coup de sourires n’est pas en reste. Plusieurs éditeurs publient des photos inédites, des archives, des recueils, rien sur le plan photographique ne sera laissé au hasard. Toujours dans le domaine de l’iconographie, l’immense place laissée par les affiches sur le plan culturel (et désormais publicitaire) et artistique trouve une réponse dans la publication de Beaux Livres comme de petits imagiers, certains inédits dévoileront de nouvelles œuvres, d’autres appuyant sur la technique et surtout les auteurs des affiches nous permettrons d’assimilé ce qui paraissait être une improvisation alors qu’il n’en était rien. Pour le côté plus loisir, c’est bien la première fois que l’on pourra rigoler autour de l’événement avec de petits bouquins passe-temps, la mode du crayonnage de « livre participatif » diront certains est passé par là, le flip-book, les bandes dessinées, les livres de poches sur les affiches, les slogans, les mots de la révolution introuvable seront sur les étales. Enfin, dernier type d’ouvrage, le Roman. Nous ne trouverons pas cette année de « romans historiques », mais beaucoup d’auteurs ont choisi comme carde de vie pour leur histoire et leurs héros les manifestations et l’ébullition politique de l’année 68.
Tout n’est pas bon à prendre, à lire ou a acheter. C’est pourquoi en fonction de votre souhait d’information et de distraction il vous faudra vous tourner vers des ouvrages particuliers.
Petits conseils d’achat donc (à Poitiers, Gibert, la Librairie de l’Université, le Feu Rouge et la Fnac sont les principaux points de ventes des livres que je vais citer).
Pour l’évènementiel : Mai 68 raconté à ceux qui ne l’ont pas vécu, Patrick Rotman, Seuil.
L’hagiographe du mouvement revient jour après jour sur les évènements. Ouvertement destiné au néophyte, ce petit livre ravira ceux qui ne connaissent rien sur le mois de Mai, les autres (moi le premier) crieront au scandale commercial, on ne nous apprend rien de neuf, on revisite. En revanche le prix est plutôt attractif, 12 euros, c’est l’ouvrage à offrir pour se cultiver. Mai 68, une histoire du mouvement, Laurent Joffrin, Point Histoire.
Laurent Joffrin ressort un ouvrage paru dès 1988, très pédagogique, c’est un bon approfondissement pour l’érudit ou le passionné de l’histoire sociale. Le prix est modique, 7,50 euros.
Pour l’Héritage : Mai 68 et ses vies ultérieures, ed Complexe, Kristin Ross,
Le livre pionnier de l’histoire à faire, un peu balèze à la lecture, il nécessite pour sa compréhension une connaissance poussée de l’agitation politique des années 60-70-80. Son prix est autour de 20 euros, je le conseille à tous ceux qui veulent avoir un point de vue différent des évènements. Mai-Juin, dir. Dominique Damamme, Boris Godille, Frédérique Matonti et Bernard Pudal. Ed. de l’Atelier . Chronique évènementielle des évènements suivie d’une analyse fine produite par des universitaires et des chercheurs sur les conséquences et l’héritage de Mai. Le livre s’adresse plus aux spécialistes qu’au grand public mais il aura le mérite d’être l’un des plus complet et sérieux de l’année, prix 27 euros. Pour les sources :
Mai 68 dans le texte, Emmanuelle Loyer, ed Complexe.
Interessant pour le chercheur ou l’étudiant, l’ouvrage recueille de nombreuses sources écrites, les analyses y sont plus abordables que les habituelles analyses linguistiques. 19 euros.
Pour l’histoire et l’historiographie :
68, années Politiques, Philippe Artières, éd. T.Magnier. Auteur de bouquins sur Mai, dès Juillet 68, Artières revient là sur des faits politiques de 1969 à 1973, prouvant ainsi une continuité de l’événement (en gros c’est ce que j’essaye à l’échelle de Poitiers). 9 euros. MAI 68, Jean-François Sirinelli, Fayard.
Le spécialiste de l’histoire contempo à la sauce science-po nous sort un bouquin très riche et très abordable, à mettre en toutes les mains curieuses. 24 euros. Moment 68, une Histoire contestée, Michelle Zancarini, éd Seuil.
Enfin la confrontation de tous les discours tenus par les historiens au sujet de Mai 68, ne l’ayant pas encore parcouru je ne serai pas vraiment le conseillé mais la démarche tient à être saluée. 23 euros La pensée Anti-68 : enquête sur les origines d’une restauration intellectuelle, Serge Audier, la découverte.
Retour sur un mouvement commencé par les Nouveaux Philosophes et parachevé par les droites aujourd’hui, attention ça va casser. 23 euros. Les Mots de 1968, Maurice Tournier, Presse Universitaire du Mirail.
Un linguiste se penche sur le vocabulaire et les slogans de 68, intéressant, mais il manque quand même des mots comme Jouir, pavé… je suis chieur je sais. 10 euros. Mai 68 en revues, Caroline Hotcan, IMEC
L’auteur à pris le très judicieux choix de revenir sur l’événement au travers de tous les articles écrits dans les revues d’histoires de socio, de philo ou de psycho, très documenté se livre deviendra indispensable au chercheur. 22 euros ;
Bio et Autobiograpahies : Mon Mai 68, Alain Geismar
Le leader enseignant de la lutte prend de nouveau la plume pour décrire son 68, forément instructif mais à prendre avec de pincettes, proche du PSU en 68, il deviendra dirigeant de la violente et mao Gauche Prolétarienne avant de revenir au PS. Que reste-il de Mai 68, Henri Weber, Seuil
Petit essai reprenant les évènements et ce qu’il en reste dans notre quotidien, l’homme fondateur de la JCR en 1967 et de la LCR en 1973 connaît parfaitement le terrain. 14 euros.
Mai 68, par Wolinski, Gébé, Cabu, Siné, Cavanna, Cohn Bendit.
Ils l’ont tous connus ce mois-là. Certains ont pris une grande place dans son histoire par leurs actes, écrits, déclaration et discours ou leurs affiches. A coup de dessin et de traits d’humour, ils reviennent sur leur jeunesse. 25 euros.
Pour le FUN : Slogan pour les prochaines révolutions, Denis Lenglois, Seuil.
Comme si nous n’ne avions plus, le vieux soixante-huitards nous livre un science et des slogans dont la poésie ne colle plus vraiment à notre XXIème siècle. 10 euros. On refait mai 68 : quizz
Tu penses connaître la Commune étudiante ? et bien teste tes connaissances… pour 5 euro. Cahier de Ratrapage à l’usage de ceux qui ont raté mai 68, Manon Bucciarelli et Axel Sarde.
Mention très bien pour un bouquin très drôle, tu devras dessiner, jouer et remplir tes cases du genre sachant que ton pavé est lancé à 15 m seconde, combien de temps mettra-t-il si ta barricade est à 30 mettre du premier cordon de CRS… dessine les boucliers pour les policiers se protègent.
Le petit livre jour de mai 68., Philippe Darwin, City Vade-mecum du plus d’affiches et de slogans dans un livre qui tiendra dans poches de pantalon. 4,50 euros.
Mai 68 et ses vies ultérieures, ed Complexe, Kristin Ross, Le livre pionnier de l’histoire à faire, un peu balèze à la<br />
lecture, il nécessite pour sa compréhension une connaissance poussée de<br />
l’agitation politique des années 60-70-80. Son prix est autour de 20<br />
euros, je le conseille à tous ceux qui veulent avoir un point de vue<br />
différent des évènements.Dis moicomment t'arrives à ne pas être d'extrême gauche en lisant ces livres?ce livre est la bible (sic) du nouveaux courant libertaire! L'analyse est gauchiste (non dogmatique mais gauchiste). Bon je suis heureux que ce livre sorte des librairies anar!
Un peu sévère avec le bouquin de Langlois "Slogans pour les prochaines révolutions". Tu n'as fait que le feuilleter. Il y a , au contraire de ce que tu dis, tout un tas de slogans qui collent aux préoccupations d'aujourd'hui :Délocalisons les patrons !Métro, boulot, windows, dodo.Déchirons nos cartes d'identité, rejoignons les sans-papiers !Ne laissons pas les petits jouer avec le pouvoir.A présent ils nous fusillent à coups de carte bleue.Je consomme, tu consommes, il consomme. Nous dégueulons.Tapez révolte sur votre clavier et sortez dans la rue !Si l'on m'appelle le beur, je veux aussi l'argent du beur.La révolution fait bander mieux que le Viagra.Si vous avez du mal à dire non, dites merde !etc.Luce
Tu oublies l'aspect financier qui est à mon avis la principale motivation de tout ceci.Lai 68 fait rêver les djeunes et les moins djeunes, autant en profiter.