L’épisode du Contrat Première Embauche n’aura pas calmé longtemps les ambitions de la droite. Revigoré par des sondages qui ne le sanctionnent pas aussi fortement que nous aurions pu l’espérer, Nicolas Sarkozy s’apprête à défendre son projet de loi sur l’immigration devant le Parlement, en reprenant à son compte un discours populiste jusqu’à présent défendu par le Front National.
Même si elle éprouve des difficulté à s’exprimer sur la question de l’immigration, la Gauche ne peut rester aphone. Elle doit, au contraire, dénoncer cette mystification et mener campagne, rassemblée et unie, contre le projet de loi sur l’immigration. Les défilés du 1er mai seront une première occasion de se mettre en mouvement.
Le plagiat de Sarkozy. Profitant d’une réunion des nouveaux adhérents de l’UMP, Nicolas Sarkozy a enfoncé un nouveau clou dans sa statégie de séduction de l’électorat d’extrême droite."Si certains n’aiment pas la France, qu’ils ne se gênent pas pour la quitter" n’a-t-il pas hésiter à lancer lors de ce meeting, reprenant par la même le slogan de la campagne du FNJ lancée en 1995, "la France, tu l’aimes ou tu la quittes"...
Rompant une fois de plus avec les principes républicains, Nicolas Sarkozy persiste à croire que certaines revendications partagées par l’électorat frontiste méritent d’être étudiées. Dès 1998, il expliquait ainsi que " dans le discours des dirigeants du FN, tout n’est pas inacceptable. Mais la partie inacceptable pollue tout le reste du programme".
Quelques années plus tard, le président de l’UMP s’applique, conscienceusement, à mettre en pratique cette partie "acceptable" du programme du FN : stigmatisation des étrangers, tolérance zéro à l’égard des exclus et des jeunes, justice expéditive et à deux vitesses, etc.
Doit-on en conclure que Nicolas Sarkozy soit un responsable politique d’extrême droite ? Bien sûr que non. Mais en surfant ainsi sur le populisme et la xénophobie, le ministre de l’Intérieur met non seulement en place des lois inhumaines mais il légitime aussi le discours du Front National. Jean-Marie Le Pen ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Pour lui, " ce que dit et fait Monsieur Sarkozy conduit les gens à penser que Le Pen avait raison (...). L’original vaut mieux que la copie". A tout juste un an de la prochaine élection présidentielle, voilà de quoi nourrir bien des inquiétudes.
La droite "montgolfière". Il existe un point commun entre le CPE et le projet de loi sur l’immigration (CESEDA) qui va être prochainement débattu devant le Parlement. Dans un cas comme dans l’autre, l’objectif est de fragiliser les conditions de vie et de travail des populations concernées. Après avoir tenté de précariser les jeunes, le gouvernement propose ainsi de précariser les étrangers qui vivent en France et souhaitent y travailler.
La loi CESEDA serait-elle donc injuste ? Certainement pas, nous explique la droite. Les "bons immigrés" ne seront pas concernés par cette nouvelle législation. Ce ne sont que les "mauvais", les incapables et les profiteurs qui seront pénalisés ! Les "bons" et les "mauvais" citoyens, les "bons" et les "mauvais" jeunes, les "bons" et les "mauvais" immigrés... pour surmonter la crise, il suffirait donc que la France se déleste de ses mauvais éléments : c’est la droite montgolfière.
Cette distinction entre "bons" et "perdants" est redoutable. Elle permet de stigmatiser des boucs-émissaires tout en laissant croire à chacun qu’il se trouve du bon côté de la barrière. Nicolas Sarkozy l’a bien compris et s’appuie désormais sur cette logique populiste pour renforcer sa popularité.
Le succès remporté face au gouvernement sur le CPE ne doit pas faire illusion.Il nous reste, en vérité, bien peu de temps pour battre la droite et Nicolas Sarkozy. La campagne AntiSarko menée par RéSo va donc s’intensifier et s’appuyer sur tous ceux qui sont déterminés à battre la droite. Car dans cette bataille, nous ne serons jamais trop nombreux !