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Paris à la fin du XIIe, l'expo sur lequel je viens de passer une semaine...

Aimé Jules

Paris à la fin du XII ème siècle.


    Les villes ont toujours représenté un mythe pour les historiens, comment émergent-elles ? Quels sont les enjeux de leurs installations ? Qui sont les acteurs ? Quels sont les pouvoirs qui lui sont accordés ?… Autant de questions qui traversent les périodes pour apparaître comme des faits mystérieux pour la majorité de nos contemporains. De plus, si on ajoute à cela la dimension actuelle d’une ville comme Paris le mystère n’est que croissant. Cependant, c’est en se penchant un peu plus sur des sources diverses que l’on s’aperçoit que cette ville c’est développée par étapes. Développée par des impulsions dues au contexte politique, à la volonté de grands hommes qui ont su, grâce à des projections dans l’avenir, à une gestion des conflits, à un aménagement judicieux du territoire, tirer profit des richesses d’une ville qui n’en manquait pas.
    Nous disposons ainsi de trois documents, tous différents mais ayant deux points commun : la période, la fin du XII ème siècle et le sujet : Paris. Le premier document qui nous est donné à étudier est un plan à grande échelle de la Ville. Ce plan à été réalisé à l’époque contemporaine, c’est un plan dit « moderne » on cherche à reproduire le tracé des rues tout en y plaçant les monuments. Nous ne conservons malheureusement pas de plans produit au Moyen-Âge. Les plus vieux plans remontent en effet à l’époque moderne et plutôt que de s’attacher comme nous le faisons de nos jours à représenter, la topographie ou bien la disposition des rues, les « géographes » représentaient les villes en trois dimensions avec les détails des bâtiments mais sans trop d’explication. La présence de la nouvelle enceinte réalisée par les bourgeois à la demande de Philippe Auguste nous permet de situer la représentation de la ville après 1200 au moment de la construction de la muraille qui portera désormais le nom de son ordonnancier. Les deux documents suivants ont été révélés par R. de Lasteyrie dans son Cartulaire Général de Paris paru en 1887. Le premier est un éloge de Paris. Il s’agit donc d’un texte que vente les mérites de la ville, sa géographie, ses richesses, un portrait sans critiques de la cité. L’auteur de ce texte volontairement très partial est Guy de Bazoches, chanoine de Chalons sur Marne. il est contemporain de ce qu’il décrit. Enfin, notre dernière source est de type diplomatique. C’est l’acte judiciaire par lequel le roi Louis (Louis VII qui régna de 1137-1180) reconnaît et institue les privilèges des marchands de l’eau de Paris en leur octroyant le monopole des transports commerciaux sur la Seine de Mantes jusqu’aux ponts de Paris. C’est un des rares actes judiciaires parisiens que nous conservons de cette époque.
    Ces documents, tous tournés vers Paris à la fin du XII ème nous conduisent à nous demander comment Paris à su se développer parallèlement au pouvoir Royal et quelles furent les conséquences de ses deux évolutions très liées?
    Pour répondre à cette problématique nous procèderons par étape en étudiant d’abord le développement économique de la ville. Une seconde partie nous amènera à poser l’évolution politique et militaire de la cité avant de terminer par le Paris culturel et religieux, où comment une ville d’une importance notoire devient la capitale d’un des plus importants royaume d’Europe occidentale.

    I ) La fin d’un simple carrefour au profit d’une capitale économique.

    Depuis l’Antiquité, Paris jouit d’une place économique importante. Cette importance elle la doit à sa position géographique stratégique. C’est un point de passage obligé entre le Sud et le nord de l’Europe car c’est l’un des seuls endroits où la Seine peut être traversé. Ses îles en font une place forte facilement défendable et pouvant être ravitaillé à l’envi. Comme l’écrit G. Bazoches dans son éloge l.6 «  elle est située au sein d’une vallée délicieuse, que couronne un cercle de montagnes, ornés par tous les soins féconds de Cérès et de Bacchus ». Ainsi protégée par son environnement, elle dispose aussi de richesses agricoles importantes, personnalisées par deux figures du Panthéon Romain, Cérès et Bacchus, semblant signifier en substance que Paris à l’aval des divinités de toutes sortes. Ces qualités lui ont permis de tenir de nombreuses foires, d’être un point de passage pour les marchands européens, mais son expansion lui permettra de s’imposer comme la ville où les échanges se font. De plus le système des corporations évitait toute concurrence disgracieuse tout en établissant un moyen de pression politique important ( les marchands de l’eau par exemple). Enfin la ville constitue un espace de sûreté non négligeable alors que les campagnes semblent encore incertaines. 

    A ) Des foires temporaires aux marchés sédentaires.

    L’économie et les échanges de l’époque médiévale sont rythmés par les grandes foires. Ces véritables carrefours économiques assurent l’approvisionnement de l’Europe en denrées diverses et variées. Des Flandres à l’Italie tous les marchands se retrouvent en Champagne pour effectuer leurs transactions, Paris reste un temps à l’écart de cette économie mais sa position stratégique, son statut politique et son développement démographique changèrent rapidement la donne.
    La Seine «loin d’être méprisable (…) enserrant dans ses deux bras la tête, le cœur, la moelle de toute la ville », c’est par ces mots que G. de Bazoches décrit le fleuve qui traverse la ville. L’économie de la ville doit tout à ce fleuve. C’est un élément indispensable du ravitaillement urbain. Les denrées arrivent le plus souvent par voie fluviale et sont débarquées à même les berges. Le port le plus utilisé se situe rive droite, aux abords de la place de Grève (voir le plan). « Port en Grève », son nom vient de la grève de sable, une vulgaire plage, sur laquelle les bateliers faisaient escale pour y décharger leur marchandise. Mais, face au rapide encombrement des berges, il fallut aménager le lieu pour pouvoir accueillir les navires dans les meilleures conditions possibles. Ainsi la Hanse des Marchands de l’eau (la corporation regroupant les bateliers parisiens) fit construire des pontons d’amarrage. Chaque ponton à ainsi un rôle bien précis : port au vin, port au blé… La Grève était aussi le nom de la place située face aux berges (à l’endroit même où se trouve l’Hôtel de Ville contemporain) elle place complète les pontons en permettant aux marchands de vendre directement leurs produits aux Parisiens. Mais ce marché improvisé se trouvera rapidement limité face à la demande des habitants et l’afflux des marchandises. Les cimetières sont ainsi réquisitionnés par les marchands pour devenir de vrais marchés. Le plus actif, le cimetière des Innocent se trouve dans la plaine des Champeaux toujours sur la rive droite. Ainsi, pour répondre aux attentes des « métiers » le roi Louis VII prévoit de doter la plus grande ville d’Occident de halles et d’un vrai marché quotidien favorisant ainsi les échanges. Pensant d’abord à la place de Grève, qui par ce que nous venons de voir apparaît comme un lieu bien pensé, le roi opte après consultation de l’évêque Étienne de Senlis pour les hectares se trouvant entre l’église St-Eustache et celle des Innocents. Il s’agit des «Champeaux», le lieu même ou se trouvait l’ancien cimetière. « Par la fréquence, c’est un marché, par les transactions, c’est une foire » (Jean Favier, Paris, Fayard, Paris 1997). On y trouve de tout, des soieries au bétail en passant par les épices et les légumes…
    À la fin du XII ème siècle, Philippe Auguste donna une nouvelle impulsion aux Champeaux. Pour régler les problèmes de logement des marchands, il fait installer un centre d’affaire permanent pour permettre aux négociants de passer quelques nuits à moindres frais dans les halles et y faire de plus amples affaires. Pour sécuriser les échanges, Philippe Auguste ordonne la construction d’un mur autour du marché, cette enceinte est achevée en 1186, on met en place des galeries couvertes, principe aujourd’hui commun auquel les parisiens donnent le nom de « halles », nom qui fera le tour de l’Europe. À mesure que se système de halles se développe ou assiste à une spécialisation de celle-ci, drapiers, bouchers, mercier, chaque métier aura sa halle. Ces installations permettront à Philippe Auguste de s’imposer dans la ville. S’imposer par les murs et s’imposer par la politique dans un milieu où l’autorité royale n’est pas forcément bien considérée.
L’établissement des foires à Paris signe l’essor économique de la ville. Mais cet essor se concentre uniquement sur la rive droite de la Seine. Paris semble alors être réellement coupée en deux par la Seine. Au nord, les activités économiques, les échanges, les foires  et les marchés, alors qu’au sud, nous le verrons plus tard c’est un Paris culturel qui s’installe, cette séparation se perpétuant encore aujourd’hui.

B ) Un contre-pouvoir notoire, les corporations.

S’il est un adage ancien dont les commerçants se sont fait leur, il s’agit bien du célèbre « l’union fait la force ». Fort de cette constatation, les commerçants n’auront de cesse de s’associer pour contrer toute concurrence, pour porter leur voix auprès des décideurs ainsi que pour pouvoir s’entraider… Ces associations se nommeront ainsi « métiers », « corporations », ou encore « hanse ». La première profession à user de ce système est la boucherie. Les bouchers s’assembleront dès le milieu du XII ème siècle avant d’être ouvertement reconnu par le souverain en 1162. Les autres métiers ne tarderont pas à suivre. Il s’agit ainsi d’établir des règles de fonctionnement communes. Ces règles pouvant être d’ordre sanitaire pour éviter qu’une étale en mauvaise tenue nuise au reste de la profession. On y fixe aussi les prix ce qui permet d’abolir la concurrence, c’est ainsi que l’on s’attache à écarter toute nouvelle échoppe, tout nouveau vendeur étranger viennent rompre l’équilibre si difficilement acquis. L’exemple le plus frappant est sans nul doute celui des marchands de l’eau.
L’exemple qui nous est fournit par notre second texte est très souvent repris, il faut dire que la charte dont on dispose est l’un des rares documents encore en état en montrant l’influence que la hanse pouvait user face au roi. Les marchands de l’eau, les bateliers parisiens devaient faire face à la concurrence de leur collègues Rouennais qui dans leur bon droit venaient décharger leurs marchandises sur les rives parisiennes de la Seine. Craignant pour leur situation, les marchands usèrent de leur puissante corporation pour saisir le roi Louis VII en 1170. Leur requête ? Interdire aux navires de Rouen et d’ailleurs d’accoster aux abords de Paris pour y commercer. La charte ne fait donc d’après le texte que reprendre une coutume acquise par avec l’aide du temps : « personne n’a le droit d’amener à Paris ou d’en emmener quelques marchandises, du pont de Mantes jusqu’aux ponts de Paris, s’il n’est marchand de l’eau de Paris ou s’il n’a cette marchandise avec quelque marchand de l’eau de Paris »(Charte des marchands de l’eau de Paris, 1170-1171). Ainsi, par ce texte, la hanse des marchands de l’eau à su instauré par la loi son monopole commercial sur le fleuve Parisien. Les contrevenants risquent de perdre la totalité de leur cargaison au profit du trésor royal et de la hanse fluviale.
    Cet exemple prouve l’importance des corporations dans la vie économique de la cité. Dans un premier temps, on établit un protectionnisme renforcé. Par la suite, on écarte totalement les concurrents. Cela permet de contrôler la qualité certes, mais c’est surtout un moyen de créer un pouvoir important disposant au fil des ans d’une richesse considérable et jouissant d’une autorité sans faille. Le roi a, par ailleurs, parfaitement assimilé ce fait. Ainsi s’attacher le soutient des métiers aux dépens d’un sénéchal ou d’un seigneur même ecclésiastique permet de s’assurer une relative sécurité tout en imposant quelques volontés.

    C) Une prospérité à protégée, un pouvoir à affirmer.

    Nous venons de le voir, Paris à la fin du XII ème siècle est en plein essor économique. Cette prospérité nouvelle risque d’attirer des convoitises, seigneurs puissants (duc de Normandie, comte de Champagne…), royaumes adverses, brigands où même des invasions diverses, les Vikings ont en effet ravagés plusieurs fois les abords de la cité au cours du IX ème siècle notamment. Autant de craintes qui ne contribuent pas à établir un climat favorable pour l’expansion de la ville. De plus Philippe Auguste à pour ambition de faire de Paris sa capitale, un lieu de pouvoir fixe et centralisé comme nous le verrons de notre seconde partie.
    C’est ainsi qu’en 1190, le roi ordonne aux bourgeois de financer en partie et d’assurer la construction de la muraille qui portera désormais son nom, « enceinte de Philippe Auguste ». Ce sera la première ceinture de Paris au-delà de l’île de la Cité. La ville « protégée » comportait seulement une trentaine d’hectares clos par l’ancien mur d’enceinte mis en place après les invasions Normandes du IX ème siècle. La nouvelle muraille englobera 272 hectares d’habitations certes mais aussi de champs, de vignes permettant au mieux de continuer l’extension de la cité, au pire de pouvoir subvenir à des besoins vitaux en cas de siège. Le plan nous permet d’imaginer la ceinture de pierre. Deux arcs de cercle d’une douzaine de mettre de haut rejoignant la Seine de part en part. Ils sont crénelés par 70 tours de cinq à six mètres de large pour une quinzaine dans la hauteur. Il n’y a pas de fossé, pas de parapets à sa construction, il s’agit d’une ronde crénelée de plus de cinq kilomètres de long. Mais cette enceinte ne se suffit pas à elle-même il faut qu’elle soit défendable. Pour cela, Philippe Auguste s’appuiera sur les forteresses déjà existantes mais qui ne figurent pas sur notre document, la Tournelle à l’Est et la tour de Nesle plus en aval, toute deux sur la rive gauche. Rive droite, se sont aussi deux tours qui assurent la sécurité de l’enceinte : la tour Barbeau à l’Est et la tour du Coin à l’entrée Ouest.
    Pour entrer dans la cité justement, il faut passer par l’une des nombreuses portes fortifiées qui permettent l’accès aux grands axes de communication. Au nombre de sept sur la rive droite, elles sont neuf sur la partie sud de la ville. Ces portes sont des véritables petits forts, des tourelles, une herse… Un vrai système défensif moyenâgeux. Pour la première fois de son histoire, l’île de la cité ne se retrouve pas, elle aussi ceinte de muraille. À la manière des ports de mer, on tendra même une chaîne en temps de guerre entre les murailles…. En effet, le mur devance largement ses côtes, cependant pour protéger l’accès au centre politique et religieux de Paris les ponts sont agrémentés de châtelets. Ses châtelets ont une double fonction : protéger l’accès de la cité mais aussi servir de fort avec une garnison armée ou encore de prison. L’usage principal était cependant le logement des prévôts baillis, les dépositaires du pouvoir royal en l’absence du souverain, chef de la justice et de la police.  
    La protection rendue possible par la muraille n’a pour ainsi dire jamais été utile au sens défensif. En effet, les victoires de Philippe Auguste écartèrent de la capitale toute velléité d’invasion étrangère. En revanche, cette imposante présence a affirmé l’omniprésence du pouvoir royal. N’oublions pas que la construction du mur fût ordonnée au moment Philippe Auguste partait pour la troisième croisade. Sa fonction se devait de défendre la ville pendant son absence et elle en avait les moyens, mais elle devait aussi rappeler le souvenir du roi croisé, évitant toute ingérence politique de la part d’un vassal.

    C’est à la fin du XII ème, par l’installation des halles, la construction de la muraille et la reconnaissance des corporations Paris passe du statut de ville étape en direction des foires de Champagne au statut de plus grande place économique du royaume. Une place sécurisée, hiérarchisée, facilement accessible et attachée à la figure protectrice du roi. Un siècle plus tard Paris l’emportera sur toutes ses concurrentes champenoises. Plus qu’une puissance économique, Paris sera aussi considérée comme la capitale politique du royaume, c’est ce que nous allons voir dans la deuxième partie de notre exposé.

    II ) « Une ville ceinte du diadème de la dignité royale » (Éloge de Paris, l.5)

    Tout au long du haut Moyen Age, les rois francs n’étaient pas établis de manière sédentaire dans une ville particulière. Ils se déplaçaient continuellement, la cour les suivait ainsi que toute l’administration du royaume. Ce fonctionnement fut rapidement dépassé :  débandades militaires, émergences de contre-pouvoirs locaux… Autant de faits qui conduisirent le roi à installer durablement son pouvoir dans une cité. Son choix se porta presque naturellement sur Paris. Sa situation, son économie, son importance religieuse, des facteurs qui permirent à la ville de connaître un nouvel élan.

    A ) Un lieu de Justice.

    La ville est au Moyen-Âge un vrai centre de justice. C’est le lieu où se côtoient toutes les formes de pouvoir. Le pouvoir féodal comme le pouvoir religieux s’y établissent rapidement, c’est pourquoi la justice ne tarda pas à s’encrer durablement dans la cité. Mais cette justice est un véritable enjeu urbain. À Paris, ce pouvoir se partage difficilement entre les seigneurs de la ville, l’évêché, les abbayes et le roi ce dernier devant produire des actes de toute nature.
    Avec l’arrivée de Philippe Auguste sur le trône royal, les choses vont quelques peu changer. La résidence Royale sur l’île de la cité (voir le premier document) était alors le seul endroit dans la ville où l’on pouvait rendre la justice en présence du souverain. L’ouvrage, Paris, de Jean Favier nous renseigne sur la production parisienne des actes royaux. « Sur 1552 de Philippe Auguste dont la date de lieu est explicite, 483 actes, soit 31% sont expédiés de Paris ». Cette justice était considérée par Philippe Auguste comme son devoir le plus important, c’est pour permettre une application plus efficace qu’il va déplacer sa cour après la construction du Louvre, consacrant ainsi le palais royal à sa fonction de justice. Guy de Bazoches ne s’y trompe pas lorsqu’il écrit que « l’on y lit les décrets et les lois ». Nous disposons aussi d’un exemple avec la charte des marchands de l’eau. Le roi se devait de rendre justice, mais il devait aussi légiférer pour permettre à la ville un meilleur fonctionnement. Pour assurer son pouvoir, le roi faisait réunir au palais trois fois par an les prévôts et baillis, ils étaient chargés de prendre acte des changements de l’administration et de faire un compte-rendu des affaires qu’ils avaient eu à régler. La ville profitera aussi d’un épisode militaire malheureux de Philippe Auguste. En 1194, le roi a perdu dans la Débandade de Fréteval tous les documents financiers, les archives royales et les actes de justice au profit de Richard Cœur de Lion. Il était en effet de coutume que le roi, lors de ses déplacements militaires emmenait avec lui toutes ses archives. Suite à cette débandade, Paris devînt la demeure des documents royaux, tous consigné dans la palais royal.
    Cependant, le roi n’est pas la seule autorité judiciaire de la ville. Les évêques et les abbés jouissent aussi d’une fonction judiciaire sur leurs possessions, et elles sont nombreuses. De nombreux conflits de juridiction vont donc émailler la fin du XII ème siècle. L’évêque et le roi devront se partager leur juridiction, l’enjeu est une fois de plus la rive droite qui, avec ses nombreuses richesses représente un intérêt certains pour les puissants. De même l’émergence de l’université et la constitution des métiers vont changer les choses, ces derniers s’attachant à rendre justice par leurs soins. L’université enseignera entre autres le droit romain et le droit canonique et s’attachera à son indépendance juridique, indépendance qui la suivra pendant de longues années.
    Cette importance judiciaire confortera Paris dans sa place de capitale du royaume malgré le jeu entre le roi et l’évêque. Mais plus que la justice, l’installation du roi de manière définitive dans la ville scellera à jamais sa puissance.

    B ) Une résidence Royale.

    Paris est depuis longtemps fréquenté par les souverains, elle sera plusieurs fois capitale au sens contemporain du terme. Mais cette fonction peut apparaître limitée dans une période où la centralisation n’est que balbutiante alors que le pouvoir des seigneurs est toujours très important.
    Le roi, nous l’avons déjà vu habitait jusqu’alors sur l’île de la cité. Le palais royal est d’ailleurs bien visible sur le plan de Paris dont nous disposons. Mais ce palais sera rapidement dépassé par l’afflux de documents, de charges et autres suite à la centralisation voulue par Philippe Auguste. Pour ce faire le roi ordonna, parallèlement à la construction du mur d’enceinte, l’établissement d’une nouvelle forteresse aux portes de la capitale. Cette forteresse, ce sera le Louvre. Elle tient son nom de l’ancienne louveterie sur laquelle le palais va se monter. Son but : désengorger le palais de la cité, permettre un meilleur accueil aux hôtes du roi et une fois de plus, établir le pouvoir du roi sur la cité. À l’image des grands châteaux, le Louvre comportera un donjon cylindrique très imposant (plus de seize mètres de diamètre pour trente de haut) fait pour résister à des tirs d’artillerie mécanique. Il sera complété d’un mur d’enceinte aux quatre côtés égaux de 75 mètres de longueur. Ce mur comporte en ses angles quatre tours principales de 8 mètres de large pour 25 de haut. La structure est elle-même protégée par un fossé alimenté par les eaux de la Seine. On accède au Louvre uniquement par des petites portes, pas plus large d’un mètre après avoir traversé un pont-levis. L’ensemble devait paraître pour le visiteur comme imprenable, c’était bien là sa fonction :  impressionner le chaland comme le prince en visite et être en mesure de défendre la cité. La rive droite était par ailleurs presque dépendante de cet appui stratégique. Il est occupé par une garnison d’hommes en armes et sert aussi de prison de marque (en nous détachant de notre période, il accueillera le comte de Flandre vaincu à Bouvines), le roi profite de ses murs pour y entreposer une partie du trésor et de sa vaisselle.
    Cependant le roi continuera à résider sur l’île de la cité. Le Louvre tout comme la muraille sera utilisé pour dissuader tout entrepreneur de s’attaquer à la puissance royale. Un fait étonnant est qu’il est placé hors les murs. Son emplacement est cependant stratégique, elle protégeait l’entrée nord de la capitale, réaffirmait la puissance du roi sur la rive qui semblait lui échapper le plus (les bourgeois et les marchands y étaient chez eux). Enfin, la forteresse protégeait les importantes routes de Chaillot et de Clichy nécessaire au ravitaillement de la capitale. Dominant la région comme la ville, il deviendra le symbole de l’emprise royale sur Paris. Il n’a pas eu à prouver ses valeurs militaires et devînt au cour des siècle suivants le lieu de résidence de la royauté après que celle-ci y effectua quelques aménagements à partir de Charles V deux siècle plus tard. En terme de séjours, Philippe Auguste en fera plus 75, restant fréquemment plus de trois mois sur place avec une tendance au rallongement de ceux-ci.

    Nous venons de le voir, Paris à très rapidement été aux centres des enjeux politiques du Royaume. Contrôler la ville, c’est contrôler un symbole. Symbole de puissance, symbole de prospérité et d’expansion, symbole d’invulnérabilité quasiment divine. Les puissants de l’époque médiévale comme d’aujourd’hui l’ont bien compris. Philippe auguste en sera le meilleur exemple, y instaurer un pouvoir politique ne suffit pas, encore faut-il y mettre les moyens mobiliers. Le Louvre, la muraille, le Palais de la cité, la chancellerie centralisée sont autant d’éléments qui permettront au pouvoir royal de s’installer quotidiennement dans l’imaginaire des Parisiens. Ainsi pendant de nombreuses années Paris sera être un appui et un allié fidèle de la royauté. Mais Paris ne serait se cantonner à sa place de capitale politique militaire et judiciaire du royaume. Elle sera plus largement une capitale religieuse, culturelle et intellectuelle. C’est ce que nous allons voir dans notre dernière partie.


    III) Une ville sans égal qui « invite ceux qui n’y sont pas »

    Une ville ayant la prétention d’être à la tête d’un royaume se doit de répondre à toutes les attentes de celui-ci. Nos précédentes démonstrations ont su prouver l’importante économique de Paris en Europe, l’importance politique et militaire de la cité. Mais il ne s’agit là qu’une partie parmis d’autres de l’aura de la cité. La fin du XII ème siècle verra l’émergence de nouveaux éléments. Les maîtres vont y enseigner « les sept sœurs », les artistes vont y exercer leur savoir faire et les religieux vont en faire une place majeure de leur pouvoir.

    A ) « Les sept sœurs se sont créé un domaine perpétuel »

    C’est par ces mots que Guy de Bazoches évoque la place de l’enseignement dans la cité médiévale. Sept sœurs, c’est l’expression retenue pour décrire les matières que doit maîtriser un érudit (Scolastique, dialectique, musique, théologie, logique, rhétorique, grammaire). Ces matières sont dispensées jusqu'à la fin du XII ème siècle par des maîtres de manière presque confidentielle.
    Dans un premier temps, l’enseignement était dispensé dans des écoles monastiques. L’enseignement primaire se fait par des maîtres rémunérés par les parents et cette fonction constitue là le débouché le plus sûr pour les anciens étudiants. Les enfants n’ayant pas les moyens de pouvoir suivre les cours payants étaient placés dans les églises où en échange d’une messe ou d’un service rendu à la paroisse. Les seules écoles reconnues siégeaient dans la cité, mais celles-ci furent obligées de se déplacer sur la rive gauche. Ces écoles se multiplieront par la suite au fur et à mesure que les maîtres arrivaient dans la cité. Ces derniers faisaient parfois cours directement chez eux. Cependant, à la manière des commerçants, pour pouvoir surveiller leur profession et s’assurer une relative sécurité ils se rattachèrent à des abbayes ou alors s’associèrent sous forme de « nation », de corps, une nation représentant un enseignement. Ces nations établissaient ainsi des licences à remettre en fin de parcours droit qui était alors réservé au chancelier de Paris.
    Dans un second temps, les maîtres se retrouvèrent sous la bannière de l’université. Ce regroupement est attesté dès 1170, il prit la forme d’une corporation légale et obtint la reconnaissance qui lui était due. Ainsi l’université disposait d’officiers, pouvait user d’un sceau, signer des actes et ainsi obtenir une réelle indépendance. Mais l’ensemble des maîtres ne formait pas pour ainsi dire une université sous sa forme actuelle, les statuts les plus anciens sortent de peu de notre période car s’établissant en 1215 sous la protection de Philippe Auguste. Cette nouvelle structure adoubée par le roi permettait aussi au prince de se détacher quoique de manière très limité de la mainmise religieuse sur l’enseignement. L’université permettait un enseignement varié (du droit, de la médecine…), elle permettait aussi une uniformisation des enseignements et un contrôle stricte de la part des officiers et une meilleure formation des maîtres.
    Cette université connue un succès encore perceptible actuellement. Une affluence sans précédent d’élèves, de maîtres, d’érudits et d’intellectuels européens allait consacrer le rôle intellectuel de la ville. Paris et son université devinrent rapidement un modèle pour toutes les autres grandes villes européennes. Cette aura intellectuelle bénéficia longuement à Paris mais la chose qui parait étonnante c’est que les enseignements se concentrèrent uniquement sur la rive gauche de la Seine délaissant même l’île de la cité pourtant foyer original de l’enseignement Parisien.

    B ) Une omniprésence religieuse.

    Ce qui frappe à la vue du plan de paris à l’époque de Philippe Auguste, c’est la concentration d’autant d’église, d’abbayes et de monastères dans une ville qui n’excède alors pas le kilomètre de rayon. On y dénombre 38 bâtiments strictement religieux intra muros. Si l’on rajoute les huit établissements à proximité des murs de la ville, cela pousse le chiffre de places religieuses à 46. Autant de signes qui prouvent l’importance de le religion Catholique et du fait religieux dans la cité. Depuis l’époque romaine et l’évangélisation de St Denis Paris disposait d’un évêque. L’archevêque se trouvait à Sens ce qui posera quelques problèmes lorsque Paris devint la capitale du Royaume. Mais l’influence de l’évêque était assez importante pour inquiéter les différents rois qui s’établirent à Paris. Mais l’ambiguïté de sa fonction en étant placé sous l’autorité de l’archevêque facilitait parfois les choses.
    Plusieurs abbayes sont installées à Paris, leur implantation reste ancienne mais leur développement se poursuit pendant tout le XII ème siècle. Saint-Germain-des-Près se voit consacré par le Pape, l’évêque étant d’ailleurs écarté de la cérémonie. L’ordre des Templiers fonde son temple en 1118 en bordure de la cité (il est visible sur le plan). C’est la maison-mère de l’ordre, mais ce temple dérange par la fortune qu’il représente et par la puissance de ses membres. Le clergé séculier n’est pas en reste, à l’origine, seulement dans l’environnement de la cathédrale, il se développera pour se rapprocher le plus possible des fidèles. De nouvelles églises se sont ainsi élevées à partir du XI ème siècle. Les paroisses ou plutôt leur réseau permettent de quadriller la ville. Elle permettent aux hommes de se situer dans une ville où les rues ne disposent pas encore toute d’un nom et permettent aussi au pouvoir de se répartir les tâches judicaires, de collecter l’impôt…
    L’un des symboles évident de cette présence religieuse se trouve sur l’île de la cité. Il s’agit bien sur de la cathédrale Notre-Dame. Au début du XII ème siècle le bâtiment est en piteux état, par encore au bord de la ruine mais une rénovation serait la bienvenue. L’évêque de l’époque finit par décider de la reconstruction totale du lieu. Le pape Alexandre III pose la première pierre du nouvel édifice en 1163. elle sera construite selon les uses de l’art gothique tout juste émergeant au XII ème siècle. 14 ans plus tard, le cœur est achevé, en 1182 l’autel est consacré. On emploie pour la première fois des arcs-boutants permettant ainsi d’aérer et surtout d’éclairer la nef. Les vitraux font partie intégrantes de l’œuvre et la façade est ornée de nombreuses sculptures de rois. Ainsi même sur les bâtiments religieux, la royauté imposait par sa présence. À l’image du Louvre qui impressionnait par sa taille et son assurance et qui ainsi signifiait la toute puissance royale sur la cité comme sur le royaume ; la nouvelle cathédrale imposera par sa taille, ses innovations et sa beauté la puissance de la religion catholique dans le pays. De plus Paris et son statut de capitale pouvait se vanter d’avoir un lieu saint à la mesure de ses ambitions. À la mesure de la plus grande ville d’Europe Occidentale.
    Nous venons de le voir, la religion catholique quadrille la ville par ses lieux de cultes. Mais elle est aussi un pouvoir très important au sein de la cité francilienne. Il ne reste plus que les arts pour permettre à Paris de revendiquer le statut de capitale.

    C ) La ville de tous les arts.

    Paris à toujours été reconnu pour être un grand foyer culturel. L’essor de ce foyer débute justement à la fin du XII ème siècle. Le plan dont nous disposons avec le nombre d’églises qu’il comporte nous laisse présager d’un essor architectural notoire. De plus, les constructions de la cathédrale, du Louvre et des halles ont dû exalter les souhaits des artisans Parisiens. Enfin, l’essor de l’université et la venue de nombreux étrangers dans la capitale n’a pu que servir le cosmopolitisme nécessaire à l’émergence de nouvelles pratiques artistiques.
    L’architecture est en plein essor. L’art Gothique en est encore qu’a ses balbutiements, on ne cesse de perfectionner des techniques de constructions ancestrales. Les arcs-boutants remplacent les trop massifs contreforts, les voûtes s’agrandissent et s’allègent. La lumière entre enfin dans les lieux de prières grâce à de larges percées, les Vitraux deviennent de plus en plus colorés. La cathédrale Notre-Dame fera ainsi office de modèle pour de nombreux architectes. Ces nouvelles techniques permettent aux constructeurs de toucher à un de leur plus ancien rêve : le ciel, le gigantisme est l’un des aspects caractéristiques des débuts Gothique. Les rois sauront une fois de plus user de cet art à leur avantage en devenant mécènes d’un temps au profit de la beauté architecturale.  
    S’il est une discipline qui apparaît comme dépendante de l’architecture à l’époque médiévale, c’est bien la sculpture. Les nombreuses constructions parisiennes satisfont au possible les sculpteurs de la cité. Les ornements des différents édifices religieux sont la preuve de la puissance artistique dégagée par Paris. Le thème de ces sculptures est bien évidemment la religion, la représentation d’événements bibliques ou de scènes issues d’écrits hagiographiques. L’art qui se développe est raffiné, les figures deviennent de plus en plus représentatives, les vêtements se dessinent dans leur souplesse bref, les sculpteurs médiévaux sont arrivés à leur apogées à l’aube du XIII ème siècle. 
    Nous n’aurions pas pu finir l’aspect artistique de Paris sans évoquer la peinture. Bien sûr, il ne s’agit pas encore de représentations diverses sur des toiles ou autre. Le support étant vraisemblablement les murs des églises et des palais. Mais on sait que plusieurs ateliers étaient présents dans la capitale. Certaines enluminures gothiques démontrent le savoir faire des maîtres et de leurs élèves. Tous n’étaient pas religieux, certains enlumineurs laïques ont démontré leur capacité à agrémenter les ouvrages de somptueux encarts dessinés. Des vitraux des différentes églises de l’époque, il ne nous reste que la rosace de Notre-Dame, mais elle témoigne là encore d’une parfaite maîtrise du verre. Malheureusement, il ne reste que trop peu de sources aux historiens sur le Paris artistique, mais la faible quantité présage cependant d’une excellente quantité.

    Paris jouit donc en plus d’une indéniable importance politique, d’un emplacement militaire et économique stratégique, d’un environnement religieux, intellectuel et culturel sans autres pareils en Europe occidentale. Plus qu’un simple carrefour de la pensée et des arts, Paris s’impose comme un centre névralgique indispensable au royaume, tout y émerge, tout s’y développe.
 

    Notre analyse sur Paris à la fin du XII ème siècle nous conduit à tirer des conclusions sur ce développement. En l’espace d’un quart de siècle et sous l’impulsion volontaire d’un souverain charismatique, Philippe Auguste, la grande ville insulaire est devenue une véritable capitale avec tous les attributs que cela comporte. Tout d’abord un poids économique central avec un commerce fluvial très développé, des halles novatrices et des marchés détrônant les foires de Champagne. Des métiers structurés et très organisés savants gérer l’approvisionnement de leur ville. Ensuite, une présence royale reconnue et établit par différents pouvoirs et bâtiments : la muraille, symbole de protection. Le Louvre, symbole militaire. Le palais royal, puissance judiciaire et morale. Enfin la combinaison de l’intellect avec l’université, de la religion avec les églises et la cathédrale, de milieu artistique avec les réalisations architecturales, la ville se révèle. Paris est devenue une capitale peuplée, sécurisée et prospère, une vitrine du pouvoir royal capétien dans l’Europe entière. Pouvoir royal sans lequel rien n’aurait semble-t-il était possible et avec lequel la ville devra compter pendant encore de nombreux siècles.

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J
je suis désolé mais j'ai fait cet exposé il y a deux ans, j'ai donc oublié mes sources (elles sont toutes à la médiathèque) car j'ai fait le taf la-bas. Il y avait un ouvrage de jean favier sur Philippe Auguste, d'autre sur paris, la vie au moyen âge.
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U
je pourrais te demander quelles sont tes sources?
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J
non, je le savais depuis le 6 janvier... mais vu que je ne sais travailler que dans la précipitation... je m'y suis mis uniquement samedi, j'ai rien foutu dimanche et lundi mardi j'ai fait l'ouverture et la fermeture de la médiathèque...
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J
Je félicite Jules pour ce brilant exposé, surtout s'il n' a eu qu'une seule semaine pour le faire! Mais dis-moi: est-ce à rende à l'écrit? et qui est ton prof?
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