Le MJS est à la fête depuis des mois. L'élection de Razzye correspondait malgré elle aux schémas médiatiques du moment. Le conte de fée qu'on attendait. Trop ternes les présidents bretons, réunionnais, mais trop blancs pour faire crédible. Banal la fille comme présidente. Et puis le CPE a été l'occasion rêvée de confirmer l'engouement. Enfin, l'impertinence responsable de "contourner sans déborder" le Parti à La Rochelle en organisant un débat avec les présidentiables.
François Mitterrand, lors du congrès de Pau de 1975 avait lancé au MJS du haut de la tribune "jeunes socialistes, vous ne servez à rien !". Onze ans plus tard, il disait : "la jeunesse n'a pas toujours raison, mais la société qui la frappe a toujours tort". Ils le savent ces quinquas qui sont vieux de ne pas aimer les jeunes. Il me manquait plus que cela pour enraciner le MJS dans une posture de grain de sable dans les rouages vermoulus de la politique de papa, celle qui, au nom du "réalisme", brade les rêves et préfère le cynisme.
Pour avoir longuement milité au MJS, dans la majorité et plus durablement dans une minorité qui est devenue aujourd'hui la deuxième force du Mouvement, je suis bien placé je pense pour prendre aujourd'hui la défense du président du MJS et de l'organisation. Lorsque nous avons critiqué certaines pratiques de la direction du MJS il y a quelques années et que les choses avaient atteint un point tel qu'il n'était pas possible de faire autrement que d'interpeller la direction du PS, personne n'avait bougé le petit doigt. Y compris lors du dur congrès de Lamoura de 2003 où ceux qui trichaient étaient les amis du chevalier blanc Montebourg. Plus loin dans l'histoire, les amis de Julien Dray faisant les frais des mêmes injustices - leur leader avait taxé le MJS dans la presse d'"école du vice". Nous pensions à l'époque qu'il fallait intervenir et non salir. Quand on attaque une organisation de l'extérieur, même si la cause est juste, elle fait mécaniquement preuve d'un formidable esprit de corps.
Le MJS a beaucoup changé. Il est écouté. Mieux, il est courtisé et plus uniquement pour jouer les chauffeurs de salles. Aucun des anciens leaders étudiants historiques n'a jamais voulu, pu ou su réussir la transition avec la jeunesse socialiste d'aujourd'hui. La plupart du temps, elle a contourné le MJS et elle ne s'est pas interdit de le déborder...
Le PS a longtemps été indifférent au MJS qu'il voyait généreusement comme un bac à sable dans lequel s'ébrouait de la graine d'éléphanteaux innocents et inoffensifs. Mais poursuivre cette indifférence est une erreur. La remplacer par de la violence et de l'intimidation est une faute. Tout le travail de Razzye maintenant est de gérer sa position. Il doit résister aux tentations : celle d'endosser le rôle du jeune trublion, par exemple. Il n'en a pas besoin. Il doit tenir face aux pressions. Elles ne manqueront pas de se faire sentir. Il doit s'appuyer sur toute l'organisation.
Bien sur dans ce "tout", il y a la deuxième force, le courant Convergences réformistes, proche de Dominique Strauss-Kahn. Mais ceci est un autre débat et un autre combat. Mais ceux en ont déjà remporté un : à Lamoura ils voulaient que le MJS soit utile. On y est. La question qui vient consiste à savoir que faire de l'utilité. Abattre l'hospice du vice ? Ce ne sera qu'un début...