
WASHINGTON (Reuters) - La perspective d'une victoire de Daniel Ortega au scrutin présidentiel nicaraguayen du 5 novembre irrite plus d'un responsable à Washington, où certains acteurs clés de la guerre menée durant les années 1980 contre le mouvement sandiniste sont au gouvernement.
Si Ortega l'emporte, les dirigeants américains devront décider s'il est préférable de s'en accommoder ou d'y répondre par une réduction de l'aide au Nicaragua.
"Le problème est que certains membres de l'administration Bush sont personnellement opposés depuis longtemps à Ortega", note Richard Feinberg, spécialiste de l'Amérique latine.
"Au cas où il gagnerait, il leur faudrait se contenir et faire primer les intérêts nationaux sur les intérêts personnels", ajoute cet ancien membre de l'administration Clinton aujourd'hui à l'Université de Californie à San Diego.
D'après les sondages, Ortega a une bonne chance de se retrouver à la présidence après seize années d'opposition. La guerre civile qui avait opposé les sandinistes aux "Contras" soutenus par Washington avait fait 30.000 morts et anéanti l'économie du Nicaragua dans les années 1980.
Dans ce qui allait devenir le plus gros scandale de la présidence de Ronald Reagan, des responsables du gouvernement avaient été impliqués dans des ventes d'armes à l'Iran dont les recettes étaient versées aux Contras en lutte contre le régime marxiste d'Ortega et des sandinistes.
Elliott Abrams, ancien secrétaire d'Etat adjoint de l'administration Reagan, a été condamné à deux ans de mise à l'épreuve avant d'être gracié par le premier président George Bush. Abrams est aujourd'hui membre du Conseil de la sécurité nationale, chargé des questions israélo-palestiniennes.
Le chef des renseignements nationaux John Negroponte a aussi été touché par l'affaire Iran-Contras. Ses critiques déclarent qu'il a fermé les yeux sur des atteintes aux droits de l'homme au Honduras quand il y était ambassadeur, et que ce pays servait de base arrière à la guerre des Contras.
ATTENTISME
La personnalité la plus en vue dans cette affaire était le colonel Oliver North, responsable clé des ventes d'armes à l'Iran et du financement des Contras. Il est actuellement commentateur pour la chaîne de télévision Fox.
North est retourné ce mois-ci au Nicaragua pour tenter d'y persuader des électeurs de ne pas voter pour Ortega.
"Ce triste résultat (une victoire d'Ortega) n'est pas inévitable au Nicaragua, mais il nécessitera un examen sans complaisance au département d'Etat", estime North dans un commentaire adressé par email à Reuters.
Il juge les départements d'Etat et de la Défense pris de court par ce qui se profile au Nicaragua et leur recommande d'agir pour réunifier les forces antisandinistes.
Le département d'Etat s'abstient de commentaires publics sur un éventuel succès d'Ortega jusqu'au résultat de la présidentielle du Nicaragua, qui intervient deux jours avant des élections de mi-mandat cruciales aux Etats-Unis.
"Nous attendons une élection libre, équitable et transparente dans un cadre où les candidats ne soient pas intimidés", a dit Sean McCormack, porte-parole du département d'Etat. "Laissons l'élection se dérouler avant d'aborder des questions telles" qu'une victoire d'Ortega, a-t-il ajouté.
Selon Roger Noriega, responsable jusqu'à l'an dernier des questions latino-américaines au département d'Etat, l'administration Bush évite de donner prise à ceux qui pourraient l'accuser d'ingérence dans les affaires du Nicaragua.
"Nous aimerions mieux le laisser échouer seul qu'être impliqués dans son échec", a dit Noriega.
Pour Larry Birns, spécialiste de l'Amérique latine, une victoire d'Ortega apparaîtrait aussi comme celle d'autres dirigeants de gauche de la région qui l'ont soutenu, notamment le président vénézuélien Hugo Chavez dont les déclarations antiaméricaines ont agacé l'administration Bush.
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