Overblog Tous les blogs Top blogs Marketing & Réseaux Sociaux Tous les blogs Marketing & Réseaux Sociaux
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

L’ingénierie social-démocrate

L’ingénierie social-démocrate, par Maxime Desgayets

«Le mouvement est tout, le but final n'est rien», Eduard Bernstein

    Utilisé comme une marque de clivage par certains, vécu comme un objectif pour d’autres, le concept de « social-démocratie » occupe une place centrale dans les débats actuels sur la refondation de la Gauche.
    Mais derrière le slogan, il reste encore difficile de distinguer en quoi la mutation social-démocrate constituerait une rupture salvatrice pour le Parti socialiste.
        Théorisé par Eduard Bernstein, le révisionnisme démocratique fut la source d’inspiration d’un modèle social-démocrate qui s’est développé dans sa forme la plus aboutie, en Europe du Nord.
En France, la deuxième gauche porta cette nouvelle voie socialiste. Mais s’ils intégrèrent l’idée-force de la culture du compromis, les tenants de la social-démocratie « à la française » ont perdu en chemin ce qui constitue pourtant le cœur de l’orientation de Bernstein : la pratique politique comme constitutive de l’action réformiste.
    En résumant d’une formule que «Le mouvement est tout, le but final n'est rien», Eduard Bernstein voulait non seulement signifier que les instruments politiques devaient être continuellement confrontés aux évolutions politiques et sociales, mais aussi que la social-démocratie est avant tout une pratique.
    Certes, l’idée que le Parti socialiste pourrait épouser la cause social-démocrate par une nouvelle relation avec les forces syndicales et associatives, est présente dans l’ensemble des textes consacrés à ce sujet.  Mais reconnaissons que ce souhait reste relativement creux, dans l’ambition comme dans la déclinaison, pour prétendre incarner une révolution social-démocrate.
    Celle-ci est pourtant à portée de main du Parti socialiste. A condition que celui-ci accepte les transformations nécessaires à sa mise en œuvre.

La social-démocratie, un outil pour la bataille culturelle

    Dans sa vision du parti politique, les théoriciens sociaux-démocrates ne limitent pas la fonction d’un parti à la simple conquête du pouvoir. Or, ce qui distingue particulièrement le PS actuel, c’est son incapacité à n’être autre chose qu’une structure électorale. Passé les élections, il ne se passe rien. De rares campagnes d’opinion, de maigres actions de terrain… Ces dernières décennies, le rôle social du Parti s’est ainsi réduit comme peau de chagrin, au détriment de sa participation à la bataille culturelle.
    Pour atteindre l’horizon social-démocrate, un premier mouvement consisterait donc à ancrer le Parti socialiste dans la société en revenant à sa fonction « d’éducation des consciences » par une plus grande participation aux mobilisations sociales et au débat public.
    La question des moyens de diffusion des idées, doit aussi être posée. Désormais dépourvu d’organe de presse, le Parti éprouve des difficultés à se faire entendre. Sans revenir aux instruments du passé, il est nécessaire de s’interroger sur de nouvelles modalités de propagande, rendues possible par les récentes avancées technologiques. La mise en place d’un média audiovisuel par le démocrate Al Gore mérite, par exemple, d’être étudiée.

La social-démocratie comme outil social

    Fort de ses 300.000 adhérents, le PS détient désormais les moyens humains pour changer de nature. Il lui suffirait simplement  d’appliquer l’un des articles de ses statuts qui exige que  « les membres du Parti doivent appartenir à une organisation syndicale de leur profession et au moins à une association, notamment de défense des droits de l’homme, de solidarité, de consommateurs, d’éducation populaire, de parents d’élèves ou d’animation de la vie locale ». Voilà une contribution concrète à l’édification d’un syndicalisme de masse !
   Investis massivement dans le champ social, les socialistes pourraient renouveler positivement leur rapport avec le mouvement associatif et les structures syndicales. Et parallèlement, la capacité du PS à offrir d’autres services (comme une véritable formation politique, la mise en relation avec des associations, des permanences d’aide juridique, du soutien scolaire ou d'information sur les secteurs de consommations ou d'épargnes solidaires) permettrait d’impliquer chaque adhérent à la vie de la structure.
    Dans la même logique, le PS doit renouer avec son engagement internationaliste en s’investissant, de nouveau, aux côtés de ses partis frères et notamment  auprès de ceux qui se battent contre des régimes autoritaires. Par le jumelage des sections, par le soutien et la formation des démocrates progressistes, il serait possible d’impliquer concrètement l’ensemble des adhérents dans la filiation universaliste de la doctrine social-démocrate.

La social-démocratie, un outil pour rassembler la Gauche 

    Plus fondamentalement encore, la conversion social-démocrate du PS implique de repenser la place du Parti face à la « Gauche du réel ». L’essor du mouvement associatif constitue un terreau précieux, sur le plan idéologique comme d’un point de vue électoral, pour la refondation de la Gauche.
    Mais encore faut-il que le PS instaure les conditions nécessaires pour qu’un nouveau dialogue se noue, sans instrumentalisation ni subordination, avec ceux qui font vivre la Gauche au quotidien.
    Les militants associatifs s’inscrivent  dans une démarche qui, parce qu’elle exige des gestes concrets pour des résultats immédiats, est profondément réformiste. C’est vers eux que le Parti doit donc se tourner pour trouver un nouveau souffle. C’est en acceptant d’être irrigué par les forces sociales, que le PS deviendra profondément social-démocrate.
    Pour reprendre Bernstein, le problème posé au Parti socialiste n’est donc pas seulement qu’il « n’ose pas enfin paraître ce qu’il est », c’est aussi qu’il n’est pas organisé comme il devrait être.
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
J
je rappelle : ce texte n'est pas de moi mais de maxime des gayets. il n'est d'ailleurs plus responsable des soc-dem aux mjs mais il est le président fondateur de re-so (antisarko...)merci pour lui
Répondre
C
j'ai beaucoup aimé votre texte.continuez merci.christophe
Répondre
P
Le seul miniscule problème qui se dresse modestement face à l'application du projet de Bernstein en France et à l' adoption d'un article visant à rassembler associatif syndical et politique c'est un bout de papier encore mal digéré par certains extrémistes fou furieux qui s'apelle la Charte d'Amiens.Le politique est public en France tandis que le reste est de l'odre du privé. Voila pourquoi on ne trouvera jamais de parti qui se réclame d'aucune religion.La "révolution" sociale-démocrate ne se déroule pas actuellement sur des bases idéologiques (la preuve c'est Royal qui la porte) mais tactiques. Le PS est tout simplement guidé depuis le congrès d'Epinay par une vision éléctoralsite pure. Pas conséquent il paphagocyte ce qui l'entoure qui peut lui être bénéfique en terme de nombre de voix. L'exemple qui nous a tous frappé est la récupération du nationalisme et de l'autorité faite pas votre candidate.
Répondre
G
@ léon <br /> Sur ton dernier parargraphe, la consanguinité de l'élite et son renouvellement par cooptation est exact. Mais je maintiens que des élites "populaires" pourraient très bien mener des actions négatives pour les petits et les moyens et que des élites "d'en haut" (Blum, Mitterrand sans oublier...  Marx & Engels !) ont fait bien plus pour eux. Donc il faut démocratiser tout ça, à l'image de la réalité du pays (plus féminin, plus jeune et plsu divers) mais il ne faudrait pas jeter le bébé avec l'eau du bain et viser de manière indistincte "l'élite", "l'establishment" ou "les puissants", comme les Le Pen et cie savent trop bien le faire. La gauche du PS et les alters méritent mieux que ça. <br /> J'étais sûr qu'au final, on était plutôt d'accord...
Répondre
L
Bon, tu n\\\'as pas tort, mais je nie l\\\'accusation de populisme. Je n\\\'ai pas dit que les dirigeants politiques français devaient tous être des ouvriers laborieux qui payent de leur sueur etc... mais de là à une classe politique énarque et totalement homogène il y a un pas non ?Pour reprendre tes arguments, je pense que des responsables politique de gauche issus du syndicalisme, de l\\\'associatif, de l\\\'action politique locale . Les élus locaux PS n\\\'ont souvent pas de "débouchés" dans le parti (ce qui conduit à des aberrations du style Fadela Amara se mettant aux ordres de Boutin) ; beaucoup pourraient apporter une rénovation qui ne sortira pas de l\\\'ENA, quoi que tu en dises. Je ne dis pas que tous les énarques sont des pourris. Disons que si la politique était une industrie, les énarques seraient ingénieurs et qu\\\'on a aussi besoin de gens de terrain, chercheurs et d\\\'innovateurs. (métaphore à la con mais c\\\'est tout ce que j\\\'ai trouvé).Enfin, mes arguments n\\\'étaient pas communistes, mais plus simplement républicains ; en théorie, chaque citoyen peut accéder à n\\\'importe quelle fonction de l\\\'Etat. Je sais bien que ça n\\\'a jamais été une réalité, mais on arrive aujourd\\\'hui à une aristocratie politique qui monopolise le pouvoir, protège ses intérêts, ne se mélange pas, voire se reproduisent entre eux. On en a guillotiné pour moins que ça...
Répondre