Verbatim #3
Lundi, c’est réunion.
En principe, la majorité des services se rassemblent autour de leurs élus et du personnel technique. Compte tenu de la proximité de l’élection, la plupart des élus sont encore dans les paperasses et dans la lecture des documents concernant les enjeux de leur mandat. Pour ma part, la réunion se fera jeudi matin à 8h30.
Cependant ce lundi ne fut pas de tout repos. Arrivé au bureau à 10h30, je me consacre lecture du courrier et de différents documents, je me remets dans mon master, et oui jusqu'à preuve du contraire je suis toujours étudiant et le calendrier se resserre.
Après un déjeuner de groupe politique. Je me rends, à la « réunion de municipalité » en compagnie du Maire, de la direction de l’administration, des adjoints et des autres conseillers délégués.
L’objet des réunions de municipalité est de faire circuler l’information entre tous les élus le tout en présence du directeur général des services et à l’occasion d’autres personnalités qualifiées pour présenter un projet, une mesure ou une délibération. Les délibérations furent par ailleurs le point principal de la municipalité en vue du conseil municipal de mercredi prochain. Le Maire avait prévenu pendant la campagne, la municipalité sera très vigilante sur le bon déroulement du circuit d’élaboration d’une délibération. Pas de précipitation, pas de délibérations déposées le jour même du conseil (elles sont toujours susceptibles de comprendre des erreurs créant ainsi de nombreux soucis juridiques). Toutes seront travaillées et discutées en amont, si tel n’est pas le cas, elles seront reportées au conseil suivant.
Mais parfois l’urgence prime. Dans le cas suivant, la contrainte n’est pas locale mais nationale, le scandale aussi. Rappelez-vous, Darcos (alors en campagne) avait, il y a quelques mois, soumis aux collectivités de nouvelles charges en matières d’éducation.
La première très conjoncturelle concernait l’ouverture des écoles et l’accueil des enfants, les jours de grève des enseignants (le tout étant bien évidemment pris en charge par la municipalité). Devant le tôlé et l’échec suivant les premiers jours de grève dans l’éducation nationale, plus personne n’avait voulu remettre sur le tapis ce principe allant presque jusqu'à faire des mairies des briseurs de grève.
La seconde nous reviens entre les jambes ces jours-ci. Le cas de l’académie de Poitiers est particulier. Depuis le mois de janvier, nous n’avons plus d’inspecteur d’académie. Dans l’attente d’un remplaçant (ils sont nommés par le chef d’État) ce sont les services du rectorat qui prennent le relais sans forcément avoir toutes les compétences et les disponibilités d’un fonctionnaire attitré. Ainsi c’est par un biais indirect que la mairie a appris qu’elle devrait mettre à disponibilité du personnel et des locaux pendant les vacances scolaires pour mettre en place des stages de soutien scolaire. Tout d’abord il y a les questions techniques : durant les vacances, les concierges des écoles ne sont pas là, les écoles sont soit en travaux, soit en réaménagement, les alarmes sont branchées, les lieux sont clos, les cantines ne fonctionnent pas et le chauffage est coupé. Ensuite vient la question plus politique. L’état souhaite engager une nouvelle politique de soutien scolaire, soit, pourquoi cependant laisse-t-il la majorité des financements à la charge des mairies ; qui sont désormais, faut-il vous le rappeler, pour la plupart opposées à la politique gouvernementale, si ce n’est pas un désengagement de ses missions d’éducation.
Le principe du stage est le suivant. 5-6 élèves, repérés par des enseignants comme étant en grande difficulté se voient obligés de venir pendant une semaine de vacances pour suivrent des cours donnés par des enseignants volontaires. Connaissant bien le milieux des enfants en échec scolaire je peux d’ores et déjà affirmer que ce n’est pas en faisant revenir des enfants qui ont déjà des soucis avec le fait même d’aller à l’école sur un temps normalement réservé au loisir et au repos que l’on va arranger les choses. Cela créer un sentiment d’inégalité pour l’enfant vis-à-vis de ses camarades, ainsi le « puni » par ses notes, le sera désormais sur son temps de vacances.
La ville de Poitiers par les dispositifs CLAS (Contrat Locaux Accompagnent à la Scolarité) mis en place avec différentes associations et maisons de quartiers est déjà et depuis de nombreuses années à la pointe sur ce problème. Elle rompt aussi avec l’antique délire selon lequel seul le soutien scolaire peut aider un enfant à réussir à l’école lorsqu’il est en difficulté. Le CLAS intègre les notions de bien-être, de responsabilité des parents, d’environnement social, d’intégrations dans son école ou son collège, en apportant bien évidemment des éléments de cours mais surtout des méthodes de travail.
En sortant ainsi l’échec scolaire en primaire de sa mission pédagogique, l’état n’honore pas son rôle.
Rien n’est tranché pour l’instant, mais la situation est scandaleuse par son absence de concertation et l’impasse dans laquelle la ministère met bon nombre de collectivités. Certains dont Nevers, Orléans (pourtant à droite), Amboise et d’autres ont déjà fait savoir qu’elle envisagent de refuser la mise en place de ce dispositif. Dans le même temps les syndicats d’enseignants ont demandé aux instituteurs de ne pas utiliser le matériel des écoles car il sortait du financement de ce soutien supplémentaire.
Cela s’ajoute localement avec l’absence totale de concertation avec la mairie concernant la semaine de 4 jours et sur le redécoupage de la carte scolaire. Vivement que notre nouvel inspecteur d’académie arrive.