En guise d'introduction...
Non, il ne s'agit pas d'avoir encore un procès, ni de gagner une campagne, mais simplement de faire profiter de quelques infos et de brosser un portrait. L'ensemble des documents qui ont aidé à la réalisation sont consultables à notre table. Il s'agit de montrer combien l'UNI, ses quelques militants polis et bien élevés, correspondent peu à la réalité d'une organisation qui par son acte de naissance, les diverses "bavures" survenues depuis lors, mais aussi du fait de son organisation interne, pue la droite extrême et l'autoritarisme.
Genèse
L'UNI est née en 1968 dans la mouvance de reconquête des gaullistes après les événements de mai. Le but de ses fondateurs est simple. Combattre le "péril rouge" dans le milieu de l'enseignement1.
Fondée et dirigée par des professeurs, l'UNI rêve depuis trente ans d'un monde "libéré de l'emprise de la gauche". Elle "englobe les étudiants, les enseignants et les professionnels qui s'intéressent à l'université"2. En fait, parmi les 9 bites membres fondateurs, on trouve pêle-mêle un chef d'entreprise, un journaliste au Figaro, un prof de maths, une étudiante... et un assistant à la fac de lettres de Paris : Jacques Rougeot. L'UNI s'affirme rapidement comme la "chose" de ce dernier.
Dans son journal national, l'Action Universitaire, daté de février 1993, l'UNI porte aux nues un économiste célèbre, prix Nobel en 1988. Or, il se trouve que ce charmant vieillard (son œuvre principale remonte à 1952) défend une théorie toute personnelle du chômage, causé en vrac par la main d'œuvre immigrée, le SMIC le libre-échange... Curieusement, cet économiste est également cité dans "Le Chêne" (n°5, fév. 2000), la revue du Mouvement national Républicain (MNR) de Bruno Mégret. L'auteur se réjouit de ce que "M. Allais n'hésite pas à dénoncer aussi cette autre facette de la mondialisation qu'est l'immigration : "une immigration démesurée se révèle comme un véritable fléau". Et il poursuit : "non seulement l'immigration constitue un facteur explicatif important du chômage (…) , mais par son ampleur et ses implications de toutes sortes, elle constitue un risque permanent de déstabilisation de la société française." " Evidemment, on a les références idéologiques qu'on peut. Mais de là à les partager avec le Front national et ses résidus...
Toujours est-il que les membres de l'UNI de l'IEP passent leur temps à se distinguer de leurs collègues de l'organisation nationale. Quand on connaît l'histoire de ce mouvement qualifié par le Canard Enchaîné de "syndicat d'extrême droite", on comprend mieux leurs motivations. L'histoire de l'UNI se divise en deux parties distinctes dont la charnière est la décision d'une purge à grande échelle par les dirigeants du syndicat. L'UNI pratique depuis plus ou moins méthodiquement l'exclusion des membres ouvertement fachos, c'est-à-dire encartés au Front national. Mais il ne suffit pas de "faire le ménage" pour pouvoir se dire propre.
Réseaux et coups tordus : des " incidents de parcours " ?
L'UNI et le SAC : un lien de filiation
Le SAC, c'est le Service d'Action Civique, un service de renseignements parallèle créé par les gaullistes sur les ruines du service d'ordre du RPF, premier du nom. En première ligne dans la lutte contre l'OAS, ses compétences sont rapidement utilisées pour l'espionnage et l'agitation politiques. Après mai 68, le milieu universitaire devient vite un enjeu majeur. C'est alors que l'UNI a été créée par deux profs de Paris IV, Jacques Rougeot et Frédéric Deloffre sur l'initiative du SAC. Selon le rapport parlementaire chargé d'étudier les activités du SAC, ce dernier voit dans ce mouvement satellite un moyen de "soustraire l'Education Nationale à l'emprise communiste et gauchiste". Le même rapport précise d'ailleurs que "Le SAC a largement favorisé la constitution et l'implantation de l' UNI"3.
Le SAC utilise l'UNI comme source de renseignements et pour noyauter les mouvements de jeunesse. Les Comités de soldats de 1974 sont ainsi infiltrés par des membres de l'UNI qui renseignent le SAC contre rémunération. Ses informations ont ensuite été transmises à la Sécurité Militaire qui s'occupera de réprimer les appelés en révolte. Bref, l'UNI se rend utile pour les autorités militaires et policières les plus conservatrices. C'est pourquoi le SAC en prend autant soin. Le rapport parlementaire sur les activités du SAC décrit les missions de protection que remplit l'organisation politico-policière auprès des personnalités de l'UNI. Ses militants font même acte de présence dans les bureaux de vote pour les élections universitaires et ils mettent la main à la pâte pour les collages et les tractages de l'UNI en panne de militants4.
Les coups tordus du SAC vont parfois très loin et dépassent le champ de l'agitation politique. Les 25 février et 4 mars 1974, Libération apporte la preuve (non démentie par les services de police) que le SAC des Bouches du Rhône avait reçu, le 24 mai 1968, mission de rassembler sur des stades marseillais, pour les y enfermer, quelques centaines de personnes identifiées comme " de gauche " sur la base de listes préalablement établies par la Direction de Surveillance du Territoire (DST). Le 14 mars suivant, Libé révèle que ce plan devait concerner sur toute la France près de 10 000 personnes, dont certaines avait eu l'unique tort d'être abonnées à une revue classée de gauche5.
Le SAC a été dissout en 1982, après l'enquête parlementaire sur le mouvement déclenchée par l'affaire de la ville d'Auriol, le meurtre d'un commissaire et de sa famille par des membres du SAC ayant été avéré. Il est à noter que quelques fêlés de la croix de Lorraine continuent encore à utiliser l'image du SAC. L'UNI servira de base de repli pour un certain nombre de membre du SAC après 1982, mettant sa logistique à leur service pour recréer une organisation. Echange de bons procédés ? Récemment après un débordement anarchiste au Conseil constitutionnel, le SAC appelait à fusiller ces "traîtres" et scandait que la raison d'Etat était une valeur supérieure à la démocratie. Ce n'est d'ailleurs pas une surprise de constater la présence d'anciens du SAC autour de l'affaire de l'assassinat de la député opportuniste (ex FN, réintégrant la droite pour obtenir un mandat) et accessoirement Mme propre du Var, Yann Piat, ni autour du soit disant suicide des frères Saincené6.
L'UNI et le MIL :
L'UNI a également flirter avec d'autres organisations plus ou moins nationalistes au nombre desquelles on trouve les gaullistes intégristes du Mouvement Initiative et Liberté (MIL).
La proximité entre l'UNI et le MIL est souvent contestée par les membres de l'UNI. Pourtant, tout semble fait pour cultiver l'ambiguïté. Les affiches du MIL et celles de l'UNI ont longtemps emprunté le même visuel : textes de polices similaires en rouge sur fond blanc avec un cartouche en bas rappelant le nom de l'organisation. Mais les liens entre le MIL et l'UNI passent avant tout par le SAC. Face aux tentatives de récupération par Pasqua dans les années 70 et juste avant sa dissolution, le SAC réagit. C'est ainsi que le 16 décembre 1981 ont été déposés les statuts d'une nouvelle association intitulée Mouvement Initiative et Liberté (MIL). Cette association a pour objet de " défendre et de promouvoir une organisation de la société française fondée sur l'initiative personnelle des citoyens et inspirée par les valeurs civiques, culturelles, morales et spirituelles de la civilisation française, de façon à réaliser les conditions de développement de la véritable liberté ". Elle "affirme son attachement actif aux libertés essentielles parmi lesquelles la liberté d'entreprise, moteur du progrès économique et social et facteurs d'épanouissement humain, la liberté effective de l'enseignement, condition du respect, des consciences et des croyances". Elle a pour président Jacques Rougeot, comme secrétaire général Bernard Furth et comme trésorier Jean Louis Goursalas, et enfin elle est à l'époque domiciliée 8 rue de Musset dans le XVIe arrondissement de Paris7. Les connivences entre UNI, MIL et SAC sont alors établies. MIL et UNI partagent un temps président et adresse sans doute pour des raisons d'efficacité dans la transmission des consignes. Difficile donc de soutenir que les deux mouvements n'ont rien de commun.
L'UNI a parfois du mal à se débarrasser de ces compagnons de jeu. Pendant la campagne homophobe contre le PACS, les affiches de l'UNI empruntent même le nouveau visuel bleu du MIL. Le président de l'UNI Sciences-po se laisse d'ailleurs piéger. Quand, au cours de la réunion de présentation des syndicats le 7 octobre 1999, il s'explique sur son aversion pour Act-up, il reprend à la tribune le slogan du MIL (et accessoirement du FNJ) : "la France, aimez la ou quittez la." C'est d'ailleurs au cours de la manif anti-PACS de janvier 1999 que l'UNI se retrouve aux côtés du MIL et d'organisations fascistes comme le GUD. Certains y voient des retrouvailles8. Ils n'ont pas forcément tort.
L'instrumentalisation du GUD
Le Groupement Union Défense, si vous avez lu le Guide de l'étudiant de Sciences-po, vous connaissez. Les anciens de l'IEP et d'autres facs parisiennes sont aussi familiers avec les méthodes musclées de ce pseudo-syndicat. Pour ceux qui ont encore des lacunes à ce sujet voici un bref résumé. Le GUD est né en 1969 des cendres d'Occident. Depuis lors, il occupe les militants de la gauche parisienne en menant des actions commandos dans les campus au nom d'un idéal "national révolutionnaire" et d'un anticommunisme obsessionnel. Or, il se trouve que l'UNI n'est pas insensible à ce dernier thème. Ses dirigeants comme ceux du SAC ont cru opportun d'utiliser les services du GUD pour contrer la "menace gauchiste". Les années 70 sont restées dans les mémoires comme celles des "descentes" communes. Militants de l'UNI (au nombre desquels Eric Raoult9) et du GUD organise des opérations coup de poing dans des facs considérées comme "de gauche". D'anciens militants du GUD se vantent même d'avoir encadré le service d'ordre de l'UNI à "Nanterre la Rouge10". Notons qu'ils se débrouillent aussi bien tout seuls : Le 9 mars 1988, à Nanterre, des tracts de l'UNI sont diffusés par des militants armés qui quittent l'Université en entonnant des chants nazis11. Ambiance... Ce mélange des genres donne lieu à des initiatives regrettables pour le syndicat. Des militants participent aux deux mouvements au nom de la politique d'infiltration menée par l'extrême-droite. Le Front National de la Jeunesse (FNJ) donne cette consigne à ses militants chaque fois qu'il est impossible de créer un syndicat local. Cette stratégie se traduira par l'élection, en 1991, 1992 et 1993 à Brest, de la présidente du FNJ local, candidate du FN pour les municipales de 1989 et les cantonales de mars 1992, en tant que représentante de l'UNI au conseil d'UFR de Droit. Quant au responsable local de l'UNI à Nancy, il représentait le FN aux cantonales de mars 1992.
Le trop célèbre ex-leader du GUD, Frédéric Chatillon, a même fait partie de l'UNI avant de rejoindre Assas. Si l'UNI accepte volontiers cette main d'œuvre ambitieuse et violente pour masquer la faiblesse de ses effectifs (généralement mal compensée par des campagnes d'affichage massives), les gudards sont heureux de trouver en son sein une légitimité et les moyens qui leur font défaut. L'UNI a parfois pâti de la montée en puissance de ses militants issus de l'extrême-droite. Quand ils sont assez forts pour se passer de l'UNI, ils n'hésitent pas à couper les ponts comme à Nice et à Montpellier où une section entière de l'UNI passe avec armes et bagages au Renouveau étudiant (RE), le syndicat frontiste. Cette tendance se confirme à la vue de la décomposition de l'UNI qui perd ses adhérents au profit du FN tout en radicalisant son discours et ses actions. A Sceaux (Hauts-de-Seine) les effectifs militants de l'UNI (une quinzaine) sont tombés à cinq alors que l'AEI, appellation locale du Renouveau étudiant créée en février 1990 par Michel Murat, engrangeait une cinquantaine d'adhérents.12
Quand, à la fin des années 80, l'UNI procède à des purges, le ton monte et la fac d'Assas devient le terrain d'une bataille entre le GUD et l'UNI. 1994 marque le début de la guerre ouverte après l'agression d'un chargé de TD membre de l'UNI par des gudards. Appuyé par ses réseaux gaullistes du SAC, le président de l'UNI Assas fait une démonstration de force qui ne laisse aucune ambiguïté dans l'esprit des gudards téméraires mais pas suicidaires.
La multiplicité de ces amitiés fascisantes sur le terrain universitaire suffiraient à éclairer l'UNI sous un jour différent de celui auquel elle prétend à l'IEP. Or elles sont accompagnées d'encouragements antisémites pour les pseudo-historiens négationnistes qui ont fleuri dans les années 80, discréditant encore la thèse de la "respectabilité" de cette structure syndicale.
L'UNI et le négationnisme : encadrement intellectuel et caution universitaire
Le 15 juin 1985, Henri Roques soutient à l'Université de Nantes une thèse intitulée "Les confessions de Kurt Gerstein", étude comparative des différentes versions. Le jury lui décerne la mention "Très Bien". Il s'agit pourtant, selon Le Monde du 16/01/88, d'une thèse visant "indirectement à nier l'existence des chambres à gaz pendant la seconde guerre mondiale". Un an plus tard, à la suite de l'émotion suscitée dans la communauté scientifique, le ministre délégué à la Recherche, Alain Devaquet annule la soutenance. Les détails les plus éloquents de l'histoire sont liés à la composition du jury de la soutenance et aux directeurs de thèse successifs de Roques. Quand Roques s'inscrit en thèse en 82 à Paris IV son directeur de thèse s'appelle Jacques Rougeot, prof de lettres et président-fondateur de l'UNI. En 1985, soit un an après l'achèvement de la thèse, Rougeot se désiste face aux difficultés qu'il éprouve pour réunir un jury. En effet, le seul professeur ayant accepté de faire partie du jury est François-Georges Dreyfus qui enseigne l'histoire contemporaine à Strasbourg quand il ne participe pas au Club de l'Horloge. Pour information, ce club a été fondé en 1974 par la Nouvelle Droite pour conquérir idéologiquement la haute fonction publique. Il est à l'origine de la notion de "préférence nationale" sous la direction du très mégrétiste énarque, Jean-Yves Le Gallou. Bref, l'affaire sent le soufre, et Rougeot est tout heureux de s'en débarasser au dépends de Rivière, par ailleurs l'un des animateurs de l'UNI dans sa faculté. C'est donc pressé par le temps que Roques fait transférer son dossier à l'Université de Nantes où enseigne alors son nouveau directeur de thèse, Jean-Claude Rivière. Or, il se trouve que Rivière est un membre de l'UNI13 et fondateur du GRECE et d'Europe Action14, un groupe de réflexion qui édite une revue "raciste et néo-nazie"15 à laquelle collabore toujours le même Rivière. Il s'est illustré au sein du syndicat anti-marxiste pour avoir rédigé une brochure de 47 pages sur La subversion et les langues régionales, éditée par l'UNI en 1984. Selon François Moreau dans son article publié en février 88 par Reflex, le responsable des publications de l'UNI et son vice-président était à cette époque Yves Durand. Ce même Yves Durand est selon l'avocat de Roques venu féliciter son client après la soutenance. Le jury était ensuite composé d'un cadre du GRECE, Jean-Paul Allard et d'un militant autonomiste alsacien proche de la Nouvelle droite, Pierre Zind. Ce Zind déclarera durant la soutenance que les internés des camps de concentration n'étaient pas "si malheureux puisqu'on leur apportait des cigarettes"16. On appréciera aussi la déclaration du responsable UNIen, Jean-Claude Rivière qui félicite Roques pour son travail qui contribue "à rétablir […] une vérité fondée sur la critique positive"17.
Par ailleurs Roques se trouve très bien en présence des fachos puisqu'il ira dédicacer sa thèse au stand de la fédération FN du Rhône en 1989 puis de participer à l'université d'été du FN en 1992. Le passé de Roques est tout aussi éloquent en 1956, il participe au meeting fondateur de la Deutsche Soziale Union et appartient au Mouvement populaire européen.18
L'Affaire de Nancy19 :
En novembre 1992, des responsables de l'UNI pour la Lorraine démissionnaires du FNJ (on doute que ce soit par conviction), Renaud Bertin et Emmanuel de Metz, rédigent un tract ouvertement raciste et antisémite signé du Renouveau étudiant, l'antenne étudiante du FN. Diffusé par des étudiants d'autres villes, ce tract baptisé "tract de Nancy II" provoque de vives réactions (plainte pour antisémitisme, faux et usage de faux...) Apparemment, il s'agissait de couper l'herbe sous le pied du RE et de décourager les sympathisants " radicaux " de quitter l'UNI pour le RE. A ce jour, la procédure entamée ne porte d'ailleurs plus que sur l'accusation de faux et usage de faux, suite à la plainte diffusée par le RE. Les autres plaintes déposées, entre autres par l'Amicale de Nancy des déportés juifs de France, la LICRA, ou encore le MRAP, ne font plus l'objet de poursuites pour des raisons de procédure, on est donc loin d'une clarification de l'affaire sur le fond. Quant à l'attitude de l'UNI, elle s'est désolidarisée de cet acte, prononçant l'exclusion d'Emmanuel jospin de Metz, soutenant par contre l'intention de Renaud Bertin (qui n'a été que suspendu) tout en condamnant son procédé.
L'UNI se crée donc progressivement un réseau, jouant une université ou un groupe d'enseignants contre un autre. Elle joue un grand rôle dans la création de Paris IV (bastion de la droite réactionnaire et de l'extrême-droite20) et d'Aix Marseille III (autre bastion de la droite extrême). La forte mobilisation contre la loi Savary en 1983 lui permet d'atteindre son heure de gloire en dépit de résultats aux élections syndicales encore et toujours modestes.
La culture des réseaux et des coups tordus de l'UNI expliquent ainsi toute la sympathie que lui portent les gourous de la Françafrique21 que furent Jacques Foccart et Charles Pasqua. Jacques Foccart est un ancien résistant, appelé en 1958 au poste de conseiller technique à Matignon chargé des affaires africaines. Il est chargé à la fois d'appliquer la politique africaine du Général de Gaulle, élément essentiel de sa politique étrangère, et de contrôler les services spéciaux. C'est ainsi que pendant près de 35 ans il va tisser des réseaux d'influences avec de nombreux chefs d'Etat africains, mêlant affaires, espionnage et politique. Très proche de De Gaulle, il est considéré par beaucoup de gaullistes comme la voix du Général. Membre honoraire du SAC, il en est même pour beaucoup (comme Pasqua) le père spirituel voire l'inspirateur. Après les présidentielles de 1995, c'est un de ses anciens protégés qui a été nommé ministre de la coopération en la personne de Jacques Godfrain (ami de José Bové et sympathique maire de Millau encore invité tout récemment par le RPR Sciences po)- qui par une extraordinaire coïncidence fut membre du SAC de 1968 à 1978, y occupant les fonctions de trésorier.
Les leaders
La vieille garde rassemblée par Jacques Rougeot, avec laquelle nous commençons à être familier, paraît diriger encore et toujours la "Maison" de la rue de Musset. Voici un petit résumé de leur hauts faits.
Jacques Rougeot Le fondateur président (à vie ?), professeur d'histoire à Paris IV. A fait partie du conseil national du RPR en tant que président d' un mouvement associé proche du Club de l'Horloge22. Impliqué dans l'affaire de la thèse révisionniste d'Henri Roques en 1985. Amitiés extensibles du RPR au SAC et au FN.
Gérard Daury L'homme de l'ombre23. Au début des années 80 véritable patron de l'UNI qu'il représente à la Coordination nationale étudiante (le groupement contre la loi Savary). Auparavant idéologue du SAC et membre de son bureau national goût prononcé pour le secret.
Yves Durand Intégrisme et affaire Roques. Responsable des publications de l'UNI, son vice-président puis conseiller de Jacques Chirac24 pendant la cohabitation. Héraut de l'école libre et proche des lefebvristes25. N'aime pas René Rémond comme tout ce qui ressemble à un centriste26, et a fortiori ce qui se rapproche d'un gauchiste. Incarne avec son ami Jean-Claude Rivière la frontière poreuse entre UNI et révisionnisme : Rivière dirigeait la thèse de Henri Roques, et Durand aurait félicité ce dernier27. Durand et Rivière seront aussi du jury de Delaporte, pour qui Durand s'est en vain efforcé d'obtenir un poste à Nantes. Membre bien connu de l'extrême-droite, Delaporte s'intéressait dans sa thèse à l'antijudaïsme au XVIIIème siècle et aux incohérences de la philosophie des Lumières.
Pour plus de détails sur les affaires Roques et Delaporte, consultez le dossier "UNI et révisionnisme" à notre table. Et aujourd'hui ?
La montée de l'extrême-droite en milieu étudiant (RE et FNJ) et la violence persistante d'écervelés du type GUD (l'AF ne semblant plus en reste), comme l'arrivée au pouvoir de Jacques Chirac qu'elle a soutenu fait apparaître l'UNI comme "modérée". A l'IEP, ses militants jouent beaucoup avec cette image renvoyant dos à dos gudards et "gauchistes". Si les gudards tapent, c'est qu'on les a embêtés. On peut ainsi lire dans Tribord n°8, suite à la descente du GUD le 1er mars 1999 : "Les élections à Paris II s'étant déroulées quelques jours plus tôt, des violence avaient eu lieu à cause de militants d'extrême-gauche venus provoquer des militants du GUD. Ces derniers ont donc cherché à se venger au plus près de l'endroit où on était venu les chercher. Il se trouva que cet endroit était Sciences-po, allez savoir pourquoi". On voit bien l'idée sous-jacente : c'est dommage qu'il y ait des blessés mais après tout la faute en revient au "gauchistes". 'faut les comprendre ces pauv' petits gudards : on les "provoque". Et ce genre de discours est d'autant plus gonflant qu'il revient dans la bouche d'urgentistes et de policiers.
Ces prises de positions visant à banaliser voire à justifier l'extrême droite et ses violences sont caractéristiques de l'UNI depuis son origine. On voit que la quête de "respectabilité" du syndicat ne les remettent pas en cause. En fait, si lle nettoyage des réacs et fachos les plus voyants semble avoir été fait, l'UNI ne s'est toujours pas déparée de ses tares congénitales.
Vision du monde
L'UNI a longtemps vécu dans une logique de Guerre froide et de défense contre "l'ennemi de l'intérieur". Dans leur brochure "Qu'est ce que l'UNI ?" datant de 1988, on peut lire que l'UNI entretient des "contacts suivis" avec les représentants "des mouvements de résistances au communisme". Espérons qu'aujourd'hui, les contacts sont rompus avec les "respectables" organisations citées ensuite : UNITA28, résistance afghane ou contras29. Le mythe de la décadence nationale due au socialisme est un thème récurrent. Quant à l'immigration, elle "menace substantiellement l'identité de notre nation"30 (en voici une citation qu'elle est belle. On se demande bien ce que c'est que cette "substance" nationale... pas très appétissant en tout cas !).
Le Mérite, la Famille, la Nation
Une fois encore, la rhétorique fleure bon l'homme au couteau entre les dents, les dangereux gauchistes, "ramassis de sans-papiers (oh ! la vilaine insulte !) et d'employés des postes", toujours prêts à égorger l'université française. Et l'UNI se voit encore comme la championne du "monde libre" (on n'épiloguera pas sur cette merveilleuse étiquette qui recouvrait l'Afrique du Sud de l'Apartheid, le Chili de Pinochet...) face aux hordes menaçantes des gauchistes, socialistes et autres "communautaristes", comme l'a montré leur campagne affligeante contre le PaCS. Classiquement, l'UNI promeut "la (leur) liberté" comme valeur suprême, mais entend imposer un modèle familial et identitaire - et 'faut voir lequel ! - comme norme. Bref vivent le travail (flexible), la famille (l'école privée et les tailleurs Cyrillus), la patrie (une et indivisible avec ses militaires capable d'apporter les lumières à l'Afrique) et sa "substance substantielle" (voir encadré). Ils y croient tellement que leur journal Tribord n°4 rapportait l'intervention d'Hervé Gaymard au 30e anniversaire de l'organisation. Rappelons que ce monsieur est l'époux de Clara Lejeune, membre de l'Opus Dei, fille de feu le professeur Lejeune, lui aussi membre de l'Opus Dei et du Conseil pontifical pour la famille (comme Christine Boutin) et fondateur de l'association anti-avortement "Laissez-les vivre".30
La lutte de l'UNI pour la (sa) famille ne s'arrête pas là. En 1991, le vice-président de l'UNI se fendait d'un article contre l'avortement dans les Cahiers Saint-Raphaël. Cette aimable publication contenait aussi un délire numérologique sur la pilule du lendemain RU 486 censée contenir de plusieurs manières "le chiffre 666 de la bête". Cette revue recommande aussi l'Association pour la protection de la vie et de la santé qui partage son adresse avec le Magnificat, association de chrétiens charismatiques qui se fait un devoir de rapporter les activités de Présent et de l'Union nationale pour l'Europe chrétienne (association sympathique comprenant parmi ses adhérents la charmante élue FN Martine Lehideux, un dirigeant du FN belge et plein de lefebvristes)32. Un tissu de "hasards" assez déroutant, en somme, et qui mène de fil en aiguille des milieux conservateurs et libéraux de la droite à des mouvements ouvertement fascisants.
Comme l'UNI s'en vantait encore aux dernières élections, le syndicat est "international" : il appartient à l'EDS (European democrat students). L'EDS rassemble les chrétiens démocrates européens, et à vrai dire, l'UNI paraît un peu en porte à faux par rapport à ses nouveaux amis33 plutôt du type DE. La récente radicalisation des chrétiens-démocrates allemands34 et autrichiens35 va peut-être leur permettre d'être moins seuls. A ce propos, on peut douter que l'UNI suive Chirac, sensé être son mentor, et critique l'attitude de leurs collègues autrichiens.
Conclusion
Le mot autonomie n'appartient pas au vocabulaire de l'UNI. Tout tract diffusé à l'IEP doit avoir reçu l'imprimatur des vieux caciques de la rue de Musset, pas prêts à accorder aux militants proprets du mouvement à Sciences po plus de pouvoirs que celui de coller les affiche, les autocollants dans les chiottes, et de differ les mots d'ordre. Ils le reconnaissent eux-mêmes : à l'UNI, le militant "est indispensable et reconnu car on sait l'importance que son influence peut avoir sur les gens qu'il fréquente. C'est un relais pour nos valeurs et notre conception des enseignements supérieurs, et de la société en général". Le militant de l'UNI, une simple courroie de transmission ? On comprend mieux l'amusant lapsus de l'auteur de cet article, qui semble voir le militantisme à l'UNI, entre autre, comme une servitude : "bien plus qu'une servitude inutile, le militantisme à l'UNI est une reconnaissance des qualités personnelles" (Tribord n°11).
Quoi qu'il en soit, les slogans repris par les membres de l'UNI Sciences po sont sans équivoque : "La France, aimez la ou quittez la", "PACS = mariage homosexuel", "je préfère la charité à la solidarité". D'ailleurs, la facilité de ce type de discours leur suffit largement. Le débat en est simplifié à l'extrême et l'argumentation s'en ressent. Ainsi quand Mme Catherine Tasca, alors présidente de la commission des lois à l'Assemblée nationale, est venue en 1998 défendre le projet de loi sur le PACS, aucun contradicteur de l'UNI ou de l'association bien-pensante No pacsaran n'avait fait le déplacement dans l'amphithéâtre.
L'UNI revendique la présence dans ses rangs de militants de l'UDF, de l'UMP. Il est amusant d'ailleurs que ces partis soient précisément des usines à recycler les militants d'Occident : Devedjan, mais surtout Alain Madelin et Longuet qui en sont les fondateurs, du SAC : Pasqua, Marchiani, du GUD : Varault, ou encore(et toujours) Longuet,décidément dans tous les coups tordus (en tant qu'idéologuecette fois).36
Ainsi,si dans de nombreuses facs, les rapports avec l'UNI se règlent sous la forme de violence symbolique, la "normalisation", processus consistant à transformer un pseudo service d'ordre des pires barbouzes "gaullistes" en un syndicat étudiant n'est pas achevé. Il ne suffit pas de foutre à la porte ses fachos et ses réacs les plus marqués et de dire à chaque bavure "c'est une connerie faite par des éléments incontrôlables" pour être "démocratique" (lisez "présentable"). D'ailleurs, si le pseudo "gaullisme" de l'UNI est parfois perçu comme une garantie de respectabilité, il n'est pas inutile de rappeler quel gaullisme est à l'honneur dans les rangs du syndicat. Par "gaullisme", à l'UNI, on entend "combat pour la vitalité d'une nation rassemblée grâce à un même ciment moral et civique"38. Tout un programme, et pas des plus réjouissant. L'UNI est un machin où tangui ni les sections locales (encore un truc de gauchistes), ni les étudiants sous quelque forme plus ou moins directe que ce soit n'ont le pouvoir. Elle dénote une tendance certaine à l'autoritarisme et au complexe de forteresse assiégée.Vous pouvez toujours discuter avec leurs militants si vous espérez encore entendre un autre son de cloche. Mais apprêtez vous à être déçus.