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Libé : Avec la génération qui crise

Avec la génération qui crise

Rencontre avec ces jeunes qu'on disait individualistes et passifs et qui s'imposent dans le débat politique.


QUOTIDIEN : vendredi 14 avril 2006


On les disait indifférents, passifs, voire résignés, leur mobilisation, trois mois durant, a pourtant réussi à faire reculer le gouvernement. Plongée dans cette «génération CPE», qui vient de faire sa première vraie expérience politique. Et qui comptera lors des élections de 2007.

Le «cadeau de Villepin»

Un entêtement qui a exalté les troupes

«Notre plus grande victoire, ce n'est pas la mort du CPE. La vraie victoire, c'est la prise de conscience politique des jeunes, estime Alex, étudiant «sans-étiquette» à Rennes-I. On a gagné sur la réflexion politique. Ça ne veut pas dire que les gens iront voter intelligemment en 2007, mais, au moins, ils ne voteront pas forcément comme leurs parents.» Rennes-I, c'est la fac de sciences. Les étudiants y partagent la même réputation que les juristes : ce sont des bosseurs, pas des agitateurs. Et pourtant, ceux qui passaient leur temps à bûcher, «individualistes et peu concernés par le monde qui les entoure», ont fini par lever le nez de leurs cours pour aller prêter main forte à ceux qui bloquaient la fac. C'était, pour une grande majorité d'entre eux, leur première expérience d'un mouvement social, même si beaucoup avaient participé au «sursaut citoyen» anti-Le Pen de 2002. «Mais c'était une réaction épidermique, les gens étaient juste sortis de chez eux», explique Aurore, en biologie à Clermont-Ferrand. Cette fois, «on a prouvé qu'il était encore possible de faire bouger les choses, que la rue pouvait faire plier le gouvernement. Après les échecs des derniers mouvements sociaux, c'est historique !» s'enflamme Basile, en première année d'histoire à Metz.

Au fil du mouvement, les étudiants ont transformé leurs universités «en vrai lieu de vie». Ateliers d'écriture, conférences-débats, concerts, «on a fini de s'ennuyer, à la fac», résume Marianne, étudiante à Paris-III-Censier. Pour convaincre les indécis, un étudiant tourangeau a écrit avec son frère, étudiant à Lyon, une pièce de théâtre qui s'est jouée «en levée de rideau des AG» : pour sauver le royaume de France, on recherche le «saperlipopette, t'as un CDI». La pièce, jouée à Tours, Angers, Bordeaux, circule maintenant dans la Meuse et du côté du Mans (Sarthe).

Qu'ils soient de Toulouse, Poitiers, Rennes, Clermont-Ferrand, Perpignan ou Metz, ces étudiants partagent la fierté d'avoir construit un mouvement «massif, puissant, transgénérationnel». Ils ont tissé des réseaux entre facs, noué des contacts avec les syndicats de salariés, entraîné les lycéens ­ qui n'attendaient que ça depuis le mouvement antiloi Fillon de 2004. Ils racontent, encore exaltés, les «temps forts incroyables», comme ces énormes cortèges, partout en France, dans des petites villes qui, parfois, n'en avaient pas connu de telle ampleur depuis la Libération. Ou la soirée du 31 mars à Paris. Jean-Baptiste et Virgile s'étaient donné rendez-vous place de la Bastille pour entendre l'allocution de Chirac, relayée par une sono. Un groupe de manifestants a quitté la place en courant, ils ont suivi. Le cortège s'est étoffé, cavalant une bonne partie de la nuit, prenant de court des forces de l'ordre incapables d'anticiper leur trajectoire improvisée. «C'était spontané, chaleureux, joyeux, raconte Jean-Baptiste. Dans des moments comme ça, on se surprend soi-même et on se laisse surprendre par le collectif. Je ne pensais pas que quelque chose de pareil pouvait arriver.» Sourire en coin, beaucoup remercient Villepin pour ce «très beau cadeau».

Les «apartides»

De gauche mais sans parti fixe

Ils ont fait plier le gouvernement, mais aussi secoué la gauche. Au cours de leurs débats-fleuves, étudiants et lycéens ont dénoncé les choix de société opérés sous la présidence Chirac : «La gauche ne pourra pas faire comme s'il ne s'était rien passé, sinon elle est morte», estime Jean-Baptiste. En DEA de relations internationales à Paris-I, il avance l'idée d'une «génération "apartide"». Les «apartides» sont, selon lui, essentiellement «des gens de gauche». Coincés entre un PS «qui ne fait pas envie, car en déficit dramatique d'idées» et une extrême gauche «trop dogmatique».

Le CPE a servi de révélateur, comme en photographie. Obligeant droite et gauche à se repositionner. «Les libéraux n'ont jamais été aussi agressifs. Ils se sont déchaînés, montrant leur vrai visage idéologique. Ce qui a réveillé la flamme qui sommeillait en pas mal de jeunes. Les envies, les idées, l'espoir, la solidarité ont refait surface.» Qui saura entendre le message ? Le «fatalisme» des socialistes met Jean-Baptiste hors de lui : «La résignation, c'est l'absence de politique.» Quelques années en moins, mais des idées plein la tête, Rémy, en terminale littéraire au lycée Fénelon à Paris : «Beaucoup de gens ont enfin compris qu'ils étaient d'accord sur le fond. Ils finiront bien par l'être sur la forme.» Le lycéen tente un parallèle : «Comme la crise des banlieues, ce mouvement a secoué l'opinion parce que ce sont deux révélateurs des problèmes de notre société. Quelque chose est en train de naître.» Il cite Manu Chao : «Pour un rêve, obtenir ce qu'on peut.» Comme sur cet autocollant souvent aperçu dans les manifs : «Rêve générale.» En défendant des acquis, Rémy s'est fait traité de «réactionnaire». Jean-Baptiste aussi : «On n'avait rien à gagner, on avait tout à perdre.»

Voter en 2007, «bien sûr», mais pour qui ? Le lycéen se prononce «pour la personnalité de gauche la plus en mesure de rassembler». Mais il cogne sur les énarques, qui ne connaissent «que des parcours tout tracés, le même moule, habitent tous le même arrondissement. Les soixante-huitards ont voulu changer les choses, mais la mécanique est rouillée. Ils n'ont jamais réussi à changer en profondeur des institutions qui sont devenues un carcan». Après hésitation, Jean-Baptiste a pris sa carte au PS la semaine dernière : «Je vais essayer de faire entendre ma voix de l'intérieur. J'ai mon mot à dire.»

Le modèle de Poitiers

Détermination politique et humour

Peu de confiance dans les partis politiques, guère plus dans les syndicats. Dans les assemblées générales, les «sans-étiquette» ont souvent tiré à boulets rouges sur les encartés ou syndiqués, accusés de mener des «guéguerres d'orgagas» (pour organisations), ou de trahir le mouvement. A l'inverse, Poitiers s'est fait modèle de l'unité. Parmi ses leaders, pourtant, deux membres du Mouvement des jeunes socialistes (MJS), et un de la Souris verte (écologistes). Mais «chacun a remisé ses appartenances politiques. Ça nous a évité de nous engueuler pour rien», expliquent les Poitevins. Leurs assemblées générales ont rassemblé jusqu'à 5 000 personnes qu'il a fallu installer sur les tribunes d'un stade de rugby, aucun amphi de l'université n'étant suffisamment grand. Le mouvement poitevin s'est appuyé sur les associations étudiantes, qui se sont démarquées par leurs idées originales, telles qu'un service d'ordre aux nez rouges et des slogans «faits maison».

Le modèle poitevin a mêlé détermination politique et humour. De quoi séduire large. Soucieux de ne pas laisser cette belle énergie «retomber comme un soufflé sorti du four», les Poitevins posent les bases d'un collectif qui s'appellera peut-être le MEP, pour «Mouvement étudiant de Poitiers». Objectif : peser dans les décisions de l'université et exister dans la vie publique locale. «Le MEP fonctionnera aussi comme un comité de vigilance citoyenne. A la moindre alerte, on sera capables de mobiliser rapidement au moins 500 personnes.» Exemple, les lois sur l'immigration. «L'immigration choisie, c'est comme le marché aux esclaves, explique Jules. Sarkozy veut tâter les étrangers pour mesurer leur rentabilité avant de les faire entrer sur le territoire.»

En voulant s'inscrire dans la durée, le MEP confirme ce que beaucoup pressentent : «Cet énorme mouvement» charrie trop d'espoir pour se contenter de la seule victoire sur le CPE. «On a gagné une bataille, pas la guerre», résume Sabrina, en histoire à Perpignan. A Metz aussi, on réfléchit à créer une structure, «pas lourde, pas figée», un «cercle des libres penseurs», peut-être. «Beaucoup d'entre nous ont dû mal à retourner gentiment en cours, témoigne Basile. Quoi qu'il advienne, on restera en éveil pour la suite. Notre victoire sur le défaitisme nous porte.» Jean-Baptiste, le Parisien, prophétise : «La mobilisation est peut-être terminée, mais pas le mouvement politique. C'est un mouvement de fond, et il va durer longtemps.» Et ressurgir, à la première occasion.

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J
je ne suis ni célibataire ni de droite et pourtant je l'i évoqué dès le début, mais pour ne pas rompre notre unité il faut savoir faire des choix... désormais ce projet va être au coeur de nos revendications et la manif du 1er mai en sera la raison pour nous étudiants, je ne parle pas des centrales syndicales...
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M
"Pa rappor tà la personne qui à dit que cela ne nous concernait pas, en tant que français certes mais en tant qu'humain c'est l'inverse, un recul historique, les universités africaines deviendront des sortes de marchés aux esclaves modernes... "La personne qui a dit ça (sans vouloir la citer) est Manu,  un des leaders du mouvement en STAPS.Ca nous concerne en temps qu'humain autant qu'en temps que français. Il y a des choses abusées à ne pas laisser passer, et avant que ça devienne un projet de loi ça a été un avant-projet de loi, et ça, seule une personne "célibataire"(à ce que certains ont dit) "de droite"( encore d'après ce que certains ont dit) l'a exprimé (bizzarre  que "la droite" se soucie de ce genre de choses, non?).En de bon entendeur, salut pour toi :).
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J
Sur le "MEP",  rien n'est arrêté, même pas le nom, pour les revendications, j'étais depuis le début pour ajouter cette horreur qu'est la loi Sarko II dans notre plate-forme. Mais un mouvement c'est avant tout un concensus... Donc pour éviter les clashs j'ai préféré informer sur la chose plutôt que de l'imposer. Pa rappor tà la personne qui à dit que cela ne nous concernait pas, en tant que français certes mais en tant qu'humain c'est l'inverse, un recul historique, les universités africaines deviendront des sortes de marchés aux esclaves modernes... et je ne suis pas ce qui me dit de faire le MJS, j'agit avant tout en temps que citoyen aimant le débat...Jules
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V
Jeune étudiante, j'ai appri énormément de ce mouvement et je ne regrette pas du tout le fait d'y avoir participer car certaines revendications me concernaient...Je suis entièrement d'accord avec l'article, meme un prof nous a encouragé l'autre jour..., il faut montrer au gouvernement que le mouvement n'est pas mort que l'on est capable de se remoboliser rapidement...Il (le prof) a meme conseillé de se remobiliser avant les elections pendant quelques jours pour voir comment le gouvernement envisage l'avenir suite à ce mouvement...cela pourra également faire réfléchir les candidats à l'elections...on en reparlera j'espère!!!!
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M
Je comprends mieux maintenant. Donc le type qui a affirmé devant 150 personnes que ça ne concernait pas les étudiants n'a rien compris.Sinon pour les revendications, c'est clair qu'il ne faut pas trop en demander. Par contre, le seul moyen d'avoir plein de choses d'un coup est de voter à gauche en 2007 et d'encourager toute la population à voter.Pour te remercier de m'avoir fait comprendre ça, je t'offre un petit cadeau : un bétisier made by FN : http://www.youtube.com/watch?v=xhGtFVtEjH0&eurl=
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